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L’aéroport envisage d’élargir la formation à tous les titulaires de badge.
© Reuters/Denis Balibouse

Genève

Des cours à l’aéroport pour déceler la radicalisation

Depuis le début de l’année, tous les agents de sûreté de Genève Aéroport suivent une formation pour apprendre à identifier les comportements inquiétants parmi leurs collègues. La mesure pourrait être étendue aux bagagistes

L’aéroport de Genève a pris la mesure du danger que représente la radicalisation islamiste au sein de sa plateforme. Depuis le début de l’année, les personnels de sûreté sont astreints à une formation sur la prévention de la discrimination et de la radicalisation, a appris Le Temps.

Cette initiative revient à Genève Aéroport, qui confirme: «Il ne s’agit pas de rassurer le personnel, mais plutôt de le sensibiliser à cette problématique et de l’impliquer dans la réponse que nous lui opposons», résume son porte-parole, Bertrand Stämpfli. Une initiative «soutenue et dûment validée par le Département de la sécurité et de l’économie», fait savoir son ministre de tutelle, Pierre Maudet, qui a fait de la prévention et de la détection une de ses priorités.

Lire aussi: Pierre Maudet: «A l’aéroport, le doute doit profiter aux passagers»

Genève Aéroport a connu une première alerte fin décembre 2016. Près de 35 bagagistes se voyaient alors retirer par le Département de la sécurité leur badge d’entrée au tarmac, certains pour soupçons de radicalisme. L’an dernier, on apprenait aussi l’existence d’une salle de prières clandestine chez une compagnie d’assistance au sol et la création d’un local à part pour le personnel féminin (Le Temps, 3 février 2016).

«Contexte global de menace»

A l’époque, Genève Aéroport avait minimisé le problème, renvoyant la responsabilité du retrait de badges à Pierre Maudet. Lequel avait alors renforcé les contrôles entourant leurs détenteurs. Il faut croire cependant que la direction a pris conscience du problème, si l’on en croit la réponse mise en place depuis peu. Pourtant, Bertrand Stämpfli assure que «cette formation n’a pas été dictée par un événement particulier, mais s’inscrit dans un contexte global de menace auquel la direction de notre aéroport est attentive: nous savons que la radicalisation potentielle d’individus travaillant sur un site sensible constitue un risque».

Lire aussi: A Genève, un ex-bagagiste raconte ses craintes

Tous les acteurs de la sûreté aéroportuaire sont concernés par ces cours, intégrés dans la formation de base des nouveaux agents et sous forme de formation continue pour les employés en exercice. Soit 370 collaborateurs de Genève Aéroport et près de 450 membres de sociétés privées.

Selon nos informations, les entreprises concernées sont principalement Custodio et Protectas. En revanche, les bagagistes ne sont, pour l’heure, pas impliqués. Pourtant, c’est au sein de cette profession que se trouvent les gens les plus perméables aux thèses extrémistes. Aussi l’aéroport envisage-t-il de la généraliser à tous les titulaires de badges, une fois la formation évaluée.

Celle-ci porte un acronyme éclairant, DIRA, comme discrimination et radicalisation. Deux axes ainsi résumés par Genève Aéroport: «Nous sensibilisons nos personnels à l’identification des signes de radicalisation, et veillons à ce que cette vigilance ne s’apparente jamais à une discrimination à l’endroit d’individus, par exemple en fonction de leur nationalité ou de leur religion.» A la manœuvre se trouve un enseignant genevois, Claudio Recupero, par ailleurs historien, cinéaste documentaire, spécialiste du Moyen-Orient et des droits humains, et qui a notamment participé à des réflexions sur la radicalisation en milieu pénitentiaire.

Contacté, il n’a pas pu répondre à nos questions, le contrat signé entre l’aéroport et les formateurs prévoyant une clause de discrétion. Une étonnante prévention que Bertrand Stämpfli explique ainsi: «Comme toutes les mesures prises dans le domaine de la sûreté, nous veillons à ne pas en communiquer les détails, afin de ne pas donner le mode d’emploi pour les contourner.»

Une approche historique

A voir son parcours, le formateur a certainement les moyens de ne pas tomber dans la caricature, sachant convoquer l’histoire comme les sciences sociales. Selon un participant enthousiasmé par le cours, le djihadisme contemporain est abordé à travers l’étude d’autres groupes violents, aussi divers que l’organisation terroriste d’extrême gauche italienne Brigades rouges, ou le groupe séparatiste jurassien Bélier. Une manière de montrer, toutes proportions gardées, que l’islamisme n’a pas l’apanage de la violence. Partant du principe que la radicalisation découle souvent d’un sentiment de rejet ou d’injustice, il s’agit aussi de désamorcer une dérive en soulageant les souffrances personnelles.

Autant d’éléments qui devraient permettre aux participants d’identifier les aspirations radicales au terme d’une analyse exempte de préjugés. Avec bon sens et clairvoyance, sans tomber dans la délation. Mais fermer les yeux sur le phénomène de radicalisation relèverait de l’inconscience coupable. Louable effort, pour Genève Aéroport, de dessiller les siens.

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