Rarement le PDC valaisan aura été si chahuté dans les préliminaires d'une course au Conseil d'Etat. L'annonce d'une pléthore de candidats pour remplacer les deux ministres sortants, Jean-René Fournier et Jean-Jacques Rey-Bellet, et les prédispositions du parti pour une liste fermée laissant peu de chances à toute candidature féminine laissaient présager d'élections primaires tumultueuses.

L'avocat candidat jette l'éponge

C'était sans compter l'affaire Bagnoud, le ver dans la pomme. Les deux candidats du district de Martigny, Christophe Darbellay et Nicolas Voide -qui s'affronteront lors d'une primaire ce mercredi à Saxon (LT du 10.05.2008) -, s'en seraient chacun bien passés. Le premier demandait le retrait de celui par qui le scandale est arrivé. Lequel a rompu quelques jours de silence pour annoncer sa démission du parti dans les colonnes du Matin dimanche. Soulagement.

Le second, député, chef du groupe PDC du Bas au Grand Conseil et avocat de métier, s'est d'abord imposé comme défenseur de Xavier Bagnoud. Avant de se retirer de l'affaire dans le courant du week-end, ne résistant plus aux pressions politico-médiatiques. «La bonne conduite du mandat confié par mon client nécessitait une sérénité et une indépendance d'esprit mises à mal par la politisation médiatique du dossier», résumait hier Me Voide dans un communiqué succinct, sans vouloir commenter davantage. «Je ne connais pas les intentions de ceux qui ont monté ça en affaire politique.»

Voilà les candidats débarrassés, temporairement du moins, d'une affaire humiliante qui ravage les fondations de leur parti depuis plus d'une semaine. Or, le climat dans la maison démocrate-chrétienne est loin d'être apaisé. Une intervention surprise dans les débats rallume la mèche des rancunes en pleine campagne.

Salves dans «Le Nouvelliste»

Dans un grand entretien accordé au Nouvelliste samedi dernier, l'ancien conseiller national et conseiller aux Etats Simon Epiney sort de sa retraite et, sous le couvert d'une analyse sur l'état de santé du Parti démocrate-chrétien, multiplie les piques contre Christophe Darbellay. Dans son rôle de président du PDC suisse aussi bien que dans son rôle de candidat au gouvernement. Il lui reproche «des erreurs historiques» - «Le PDC ne peut pas tomber plus bas», dit-il- et le juge «peu respectueux des électeurs». Il traite volontiers Christophe Darbellay de «girouette».

A quelques jours de l'élection primaire, cette intervention paraît infiniment trop frontale pour n'être qu'une analyse de routine sur la politique nationale. Depuis les élections fédérales de 1999, où la candidature de Christophe Darbellay avait placé Simon Epiney en ballottage, on sait l'antipathie du second envers le premier.

Faut-il imputer la même hostilité au journal cantonal? Certains caciques du PDC valaisan, proches du Nouvelliste il est vrai, militent ouvertement contre sa candidature. Parmi eux, Jean-Marie Fournier, un homme qui compte beaucoup au Nouvelliste malgré son éviction du conseil d'administration du groupe Rhône Média l'an dernier.

«On me prend pour un pestiféré»

Et dans son ombre, surtout, un certain Maurice Tornay, administrateur du titre et candidat au Conseil d'Etat, pourrait très explicitement bénéficier de l'élimination de Christophe Darbellay aux primaires en s'offrant ensuite plus facilement le siège qui revient au Bas-Valais.

Christophe Darbellay évoque ni plus ni moins une campagne explicite du Nouvelliste contre lui. «C'est une affaire rondement menée et planifiée à l'avance. Je m'étonne simplement de voir Simon Epiney participer à cette opération. Cela me fatigue de constater que certains continuent à me prendre pour un pestiféré alors qu'ils ne trouvent rien à me reprocher dans les faits. Je crois que finalement ces attaques auront l'effet contraire... D'autres avant moi en ont été victimes. Ils s'en sont toujours tirés.»