Les électeurs français résidant à l'étranger seront choyés lors de l'élection présidentielle d'avril 2007. Obligés jusqu'ici de se rendre dans un consulat pour voter, ils verront les urnes venir à eux: 17 bureaux de vote seront ouverts dans les principales villes de Suisse romande, quatre en Suisse alémanique et un au Tessin. Le Ministère français des affaires étrangères, qui a présenté le détail de la nouvelle loi hier à Paris, entend également inciter les expatriés non inscrits sur les listes électorales à le faire d'ici au 30 décembre 2006. Une procédure facilitée a été mise en place dans ce sens.

La première communauté française de l'étranger

Exigées depuis plusieurs années par l'ensemble de la classe politique, ces nouvelles mesures doivent permettre d'améliorer la participation des quelque 900000 expatriés français immatriculés. La Suisse constitue un enjeu stratégique majeur: plus importante communauté de Français de l'étranger, elle recense 130000 citoyens français, dont 80000 sont en âge de voter et inscrits sur les listes électorales. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni arrivent en deuxième et troisième position avec respectivement 106000 et 102000 ressortissants de l'Hexagone.

Vice-présidente de l'Union des Français de l'étranger (UFE), Claudine Schmid soutient la campagne d'information du Quai d'Orsay. Ses attentes concernant l'impact de la démarche restent toutefois mesurées. «Si nous parvenons à améliorer de 10% le nombre d'inscrits sur les listes électorales, nous serons très satisfaits. Comme nous ne connaissons pas les personnes non inscrites, ce ne sera pas facile.»

Cette effervescence ne laisse pas les partis politiques indifférents. Cela d'autant moins que la nouvelle loi leur permet de faire de la propagande électorale à l'étranger. Une pratique strictement interdite jusqu'ici.

L'UMP (Union pour un mouvement populaire) n'a pas tardé à s'engouffrer dans la brèche, avec l'espoir que la diaspora fasse pencher la décision en sa faveur. Car contrairement aux Italiens de l'étranger, qui ont joué un rôle décisif dans la victoire de l'Unione de Romano Prodi en avril 2006, les expatriés français votent historiquement à droite. Porte-parole de l'UMP, Valérie Pécresse estimait ainsi fin octobre dans les colonnes du Matin dimanche que «deux tiers des électeurs étrangers votent UMP. Sachant que, souvent, les élections présidentielles se font à 100000 voix près, il faut les mobiliser.»

Nicolas Sarkozy en Suisse?

Pour séduire les expatriés, l'UMP prévoit d'envoyer en Suisse plusieurs ténors du parti. François Fillon et Jean-François Copé sont attendus dans le courant du mois de décembre. Selon Pierre Gerbier, président de l'UMP Suisse, Nicolas Sarkozy viendra début janvier à Genève et à Neuchâtel. Sa visite poursuivra un double objectif: récolter des fonds pour le parti et battre le fer avant l'investiture pour l'élection présidentielle, programmée au 14 janvier. Contacté hier, le cabinet du ministre de l'Intérieur n'a pas confirmé l'information.

L'UMP Suisse espère profiter de cet élan pour atteindre le cap symbolique des 1000 adhérents d'ici au 6 mai 2007, date du second tour de la présidentielle. Encore moins de 30 en janvier dernier, ils sont aujourd'hui un peu plus de 400. Pour atteindre la cible, le parti cherche à étendre son influence au-delà de l'Arc lémanique. Dans cet esprit, il vient d'introniser un délégué pour le canton de Neuchâtel.

Du côté des partis de gauche, on regarde les grandes manœuvres de l'UMP avec envie. Mais sans crainte particulière. «Les Français de l'étranger ne plébiscitent pas la droite, assure Richard Yung, sénateur socialiste qui représente les Français expatriés. Un tiers pour nous, deux tiers pour eux, c'était il y a longtemps. Aujourd'hui, ils gardent un léger avantage. Mais les chiffres des derniers scrutins le montrent: on tend de plus en plus vers l'équilibre.»

Sur le terrain, le PS reste extrêmement discret. «Nous n'avons pas les mêmes moyens, ni le même réseau à l'étranger que l'UMP, reprend Richard Yung. Mais cela ne nous empêchera pas de faire campagne. Nous possédons deux sections en Suisse. Une à Genève, une à Lausanne. Pour l'instant, aucun voyage n'est prévu. On va se coordonner pour organiser quelque chose.»

Ne faut-il pas voir là une certaine légèreté? «Nous sommes insuffisamment présents à l'étranger, c'est un fait. Les cadres du parti commencent seulement à comprendre l'importance de l'enjeu. Je ne peux que le regretter.»