Compétitions

Les courses de drones prennent leur envol

La démocratisation des drones de plaisance a rapidement donné lieu à la création de compétitions de vitesse. Aujourd’hui, organisateurs et pilotes se professionnalisent, suscitant l’intérêt des plus gros sponsors. Lausanne accueille son premier circuit ce week-end

«Je ne connais aucune discipline d’aéromodélisme où il existe un tel engouement», se réjouit Bruno Delor, coordinateur en chef de la FAI World Cup, la coupe du monde de course de drones organisée par la Fédération aéronautique internationale (FAI). Sur un parcours constitué de portes, arceaux et autres obstacles, les compétiteurs font virevolter leur machine à plus de 100 km/h en visualisant leur chemin en direct grâce à une caméra embarquée sur l’appareil, qui retransmet au pilote les images sur un casque binoculaire.

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En 2017, 17 pays accueillent plus de 300 compétiteurs. Le modèle de compétition permet aux participants d’engranger des points distribués lors de chacune des étapes nationales. En fin d’année, le pilote en tête du classement est couronné champion du monde: «N’importe qui peut y participer pour autant qu’il soit titulaire d’une licence sportive délivrée par un club d’aéromodélisme affilié à la FAI», explique Bruno Delor.

Coupe d’Europe en perspective

La course organisée à Lausanne ce week-end dans le cadre de l’EPFL suit un modèle un peu différent. Organisée sous l’égide de la Swiss Rotor Sports Association (SRSA) – approchée par l’Ecole polytechnique pour l’occasion –, la compétition s’inspire des sports automobiles: «Il y a un entraînement, des qualifications, puis une course. Les quatre meilleurs pilotes, qui doivent être domiciliés en Suisse, seront qualifiés pour participer à la Coupe d’Europe 2017», explique le directeur de l’association, Yann Oeffner.

Le succès exponentiel des courses de drones aiguise les appétits: «En ce moment, la FAI et les associations d’aéromodélisme aimeraient prendre le contrôle des compétitions. La fédération fait organiser les épreuves par quelqu’un d’autre puis récupère le bénéfice. Ce que nous voulons, nous, au contraire, c’est notre propre fédération indépendante», déclare Yann Oeffner. Une rivalité qui n’inquiète pas Bruno Delor: «La prolifération de ligues montre bien l’intérêt pour la discipline.» Et d’ajouter, combatif: «La FAI, avec plus de 100 pays membres, a les reins bien plus solides que nombre de concurrents. Cela finira par se décanter.»

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Une ferveur grandissante

Les ambitions de la fédération sont clairement affichées, vu le potentiel du secteur: «Les courses de drones sont considérées par la FAI comme une priorité absolue. L’activité se développe à toute vitesse et est extrêmement populaire auprès des jeunes, qui dominent d’ailleurs la discipline. On assiste à l’émergence de pilotes de drone professionnels qui veulent faire carrière, sont financés par des sponsors et même suivis par des fans; cela ne s’est jamais vu dans le modélisme», décrit fiévreusement Bruno Delor.

Pilote de drone, Paul Ghestem considère, lui, que le sport souffre encore d’un problème central. Employé à Flyability, entreprise lausannoise spécialisée dans les drones d’intérieur, il assemble et conduit ses propres machines de course depuis 2013: «Les drones sont trop petits, on les voit à peine passer. Il est par exemple quasiment impossible de déterminer qui est devant qui.» Les machines utilisées en course ne sont effectivement pas beaucoup plus grandes qu’une assiette et évoluent à des vitesses moyennes comprises entre 80 et 120 km/h. Les sensations fortes sont donc plutôt réservées au pilote et l’intérêt pour le grand public reste limité, à moins d’avoir des yeux d’aigle. Un problème qui n’en est toutefois plus vraiment un dès lors que les moyens financiers augmentent, comme l’explique Yann Oeffner: «Organiser une course dans le contexte de l’EPFL permet d’avoir un écran géant qui affiche la vision du pilote. Ça change tout!»

L’indispensable spectacle

L’importance du visuel a été très vite comprise au sein de la Drone Racing League (DRL), aux Etats-Unis. Dans des shows organisés dans la pénombre de grands hangars ou même de stades entiers, les pilotes entrent en scène dans un nuage de fumée comme des hockeyeurs avant la finale de la Coupe Stanley. Ils prennent place dans des sièges baquets frappés du nom du championnat. Au top, leurs drones bardés de LED fluorescentes sont télécommandés à fond de train au travers de formes géométriques de toutes les couleurs le long d’un impressionnant circuit lumineux.

Le tout est bien évidemment retransmis sur Internet sous la devise «Drone Racing is the sport of the future». Un espoir que Yann Oeffner partage: «Nous sommes actuellement à la croisée des chemins. Le sport n’est pas encore assez abouti pour qu’on puisse en vivre, du moins en Europe, mais 70% des pays européens disposent déjà d’un championnat.» Les sponsors ont déjà flairé le potentiel: la DRL américaine a notamment pour partenaires Allianz, Swatch ou encore l’US Air Force.

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