Ce que coûte et rapporte un travailleur frontalier

Genève L’imposition à la source des salariés frontaliers reste très profitable au canton

Le MCG nuance cet avantage

Peut-on chiffrer les coûts et les gains qu’engendrent les travailleurs frontaliers pour le canton de Genève? Le récent refus des électeurs genevois de financer des parkings-relais en France voisine a relancé la question et la guerre des chiffres qui s’ensuit. Le Mouvement ­Citoyens genevois (MCG) reste convaincu que les voisins français profitent plus de la Suisse que l’inverse. Est-ce le cas? Eléments de réponse.

Une imposition favorable

En 2012, le canton de Genève a récolté 786 millions de francs par le biais de l’imposition des travailleurs frontaliers, suisses ou français. Sur ce montant, 688 millions sont restés à Genève (518 millions pour le canton, 170 pour les communes) et 98 millions ont été reversés à la Confédération.

En parallèle, 253 millions ont été rétrocédés aux deux seuls départements de la Haute-Savoie et de l’Ain, au titre d’un accord international de compensation financière datant de 1973. Ce montant est calculé ­indépendamment du prélèvement de l’imposition à la source et correspond à 3,5% de la masse totale des salaires bruts des travailleurs frontaliers. Le bilan est donc largement positif pour le canton de Genève, qui aura dégagé en 2012 un bénéfice de 533 millions de francs.

Un chiffre qui doit toutefois être relativisé. Le fruit de l’imposition des frontaliers (786 millions) concourt à augmenter la part contributive du canton dans le cadre de la péréquation intercantonale. «Il est aujourd’hui impossible de mesurer l’impact de l’argent perçu par l’imposition à la source des frontaliers sur le montant versé aux autres cantons», explique Roland Godel, secrétaire général adjoint au Département des finances.

Main-d’œuvre contestée

En avril 2014, le canton dénombre 70 793 frontaliers étrangers pour 291 500 emplois, relève l’Office cantonal de la statistique, soit l’équivalent d’un emploi sur quatre. Combien d’emplois pourraient être occupés par des résidents genevois? «Impossible à quantifier», répond Mauro Poggia, conseiller d’Etat à la tête du Département cantonal de l’emploi. Selon lui, une «proportion» de ces places de travail est prise au détriment des résidents genevois. «C’est sûrement le cas pour des emplois peu qualifiés, commente le magistrat. Mais il y a beaucoup de professions où les frontaliers complètent le manque de personnel qualifié dont ne dispose pas notre canton.»

Chômage corrélé?

En avril 2014, le taux de chômage du canton de Genève s’établit à 5,5% de la population active, contre 3,2% en moyenne suisse. Pour Yves Flückiger, vice-recteur de l’Université de Genève et directeur de l’Observatoire universitaire de l’emploi, il n’y a pas de corrélation entre l’augmentation de la courbe du chômage et le nombre de frontaliers. «Ce taux de chômage plus élevé est dû à plusieurs facteurs, comme le caractère urbain du canton, la composition de son tissu économique ainsi que l’attitude des cantons latins vis-à-vis du chômage.»

Une analyse vivement décriée par Eric Stauffer, président d’honneur du MCG. «Il suffit de regarder l’accroissement du nombre de bénéficiaires de l’aide sociale pour comprendre les méfaits de la libre circulation.» Entre 2009 et 2013, le nombre de dossiers financiers traités par l’Hospice général a augmenté de 60% et est imputé à la «crise». Rien ne permet d’attester d’un lien de causalité entre le nombre de frontaliers et le nombre de bénéficiaires.

Retour pour l’économie

Aucune donnée n’est disponible pour quantifier les montants dépensés en Suisse par les frontaliers. «Leurs rémunérations s’élèvent à plus de 7 milliards de francs. Cela m’étonnerait que cette manne retourne intégralement dans l’économie genevoise», ironise Roger Golay, conseiller national MCG et président du parti.

Les frontaliers ne consomment-ils vraiment rien en Suisse? Si, les soins. Les HUG estiment à 25 millions de francs les pertes dues aux départs des patients frontaliers ne pouvant plus bénéficier de la LAMal (LT du 29.05.2014).

Logement

Dans une situation de pénurie de logements (0,36% de taux de logements vacants en 2013), les frontaliers doivent accueillir un nombre relativement élevé de Suisses. Si 20 000 d’entre eux résident dans le bassin genevois français, 20 000 autres y habitent illégalement par le biais d’une résidence dé­clarée comme secondaire, selon des estimations. Un manque à gagner conséquent pour les communes françaises, sachant qu’en 2012, un frontalier haut-savoyard déclaré rapportait à sa commune 1240 francs par an.