A moins d’un spectaculaire retournement de situation, l’armée devrait progressivement fermer la base aérienne de Sion d’ici à 2020. Elle laisse derrière elle des querelles politiques et des foules de question sur la survie de l’aéroport civil.

Aujourd’hui, ce dernier coûte quelque 9 millions et génère 7 millions de revenus, liés aux taxes d’atterrissage, à la vente de kérosène et au restaurant de l’aéroport. Les 2 millions manquants sont comblés à parts égales par la Ville de Sion et par le canton. Avec le retrait des forces aériennes, les charges de fonctionnement de l’aéroport civil devraient augmenter de 5 à 7 millions par année, selon une étude conduite par l’EPFL en 2011. La grande inconnue financière concerne les investissements nécessaires. L’armée avait prévu 30 millions de travaux pour la réfection du tarmac, dont quelque 18 millions concernent les activités civiles. «L’étude de l’état de la piste nous a été remise, mais nous ne savons pas encore dans quelle mesure ni dans quel délai ces investissements sont nécessaires pour notre activité», explique Bernard Karrer, directeur de l’aéroport de Sion. Seconde inconnue, 65% des terrains appartiennent à la Confédération. Soit 650 000 m2. «L’armée envisage-t-elle de les vendre à la Ville de Sion et à quel prix?» demande Bernard Karrer.

Si les réactions émotionnelles dominent le Valais cette semaine, le retrait de l’armée est une possibilité envisagée depuis longtemps par la Ville de Sion. Dans cette perspective, elle a choisi depuis les années 90 de développer son activité civile. «A l’époque, nous avons privilégié trois axes», se souvient Gilles Martin, conseiller municipal PDC chargé de l’aéroport entre 1996 et 2004. «Trouver des solutions techniques pour permettre une approche même en cas de brouillard en altitude, promouvoir les vols commerciaux et implanter des sociétés au sein de l’aéroport pour faire de la maintenance ou organiser le sauvetage», explique-t-il. La maintenance connaît un certain succès avec l’arrivée récente de TAG. L’installation d’une société qui propose des vols taxi en hélicoptère entre Sion et les stations de montagne a permis d’attirer une clientèle VIP. Aujourd’hui, c’est l’activité phare de l’aéroport avec quelque 10 000 passagers annuels pour des vols taxi et quelque 10 000 pour des vols privés. «C’est le tourisme qui amène le plus d’argent dans le canton. Ce développement de l’aéroport coïncide avec la vente de résidences secondaires, à Verbier notamment», estime Gilles Martin.

Le développement des vols charters et des vols de ligne a connu une histoire mouvementée (voir encadré) qui fait douter les politiques aujourd’hui. Les Verts estiment que ce modèle n’est pas adapté, alors que Sion est à deux heures des aéroports de Genève, Milan ou Zurich. «Je ne suis pas convaincu par ce positionnement; par contre, il faut fixer des conditions-cadres qui permettent de satisfaire les demandes du marché», estime Vincent Riesen, directeur de la Chambre valaisanne de commerce et d’industrie. Si le développement du segment des avions de 100 places et plus reste un objectif pour l’aéroport, c’est aussi parce que la taxe d’atterrissage est proportionnelle au poids des avions et que cela permettrait de combler une partie du déficit actuel.

Cela ne le dispensera ni du soutien des collectivités publiques, ni de chercher des investisseurs privés. L’étude de l’EPFL estimait que l’amélioration globale des activités civiles devrait augmenter les revenus annuels de 1,1 à 1,8 million de francs. Et c’est au niveau politique que le bât blesse aujourd’hui. Le conflit ouvert entre le président de la Ville, Marcel Maurer, et le conseiller d’Etat Oskar Freysinger conduit ce dernier à affirmer que la Ville devra assumer seule les conséquences du retrait de l’armée. Mardi soir, sur les ondes de la RTS, il a même conditionné le soutien du canton à la résolution du conflit entre Ville et canton au sujet du financement du futur campus de l’EPFL. «La situation actuelle est le résultat d’un manque flagrant de cohérence au niveau politique», estime Vincent Riesen. «Le futur de l’aéroport aurait mérité une réflexion globale qui anticipe le retrait de l’armée.»

La base aérienne comptait 150 emplois et ses retombées économiques étaient chiffrées à quelque 17 millions. Celles de l’aéroport civil, notamment dans les stations, n’ont jamais été chiffrées, mais cette activité crée 120 emplois directs. «La question du maintien ou non de l’activité civile est un faux débat parce que l’existence de l’aéroport a un impact sur l’image du Valais et sur son positionnement dans un marché de luxe», estime Vincent Riesen. Soumis à nouveau à la question, Oskar Freysinger répond au Temps que le canton paiera sa part, soit le 50% des déficits, mais que cela ne suffira pas à assurer sa survie à long terme. «L’aéroport de Samedan, dans les Grisons, a trouvé des investisseurs mais il convient pour cela de réfléchir à la forme juridique de l’aéroport qui appartient actuellement à la Ville», note ­Bernard Karrer.

«Le canton paiera sa part, mais cela ne suffira pas à la survie de l’aéroport», estime Oskar Freysinger