Tenue secrète durant quatre mois par le gouvernement, officiellement pour cause d'analyses, l'appréciation des coûts hospitaliers jurassiens faite par Monsieur Prix ce printemps, dévoilée lundi, fait l'effet d'une douche froide (Le Temps du 30 septembre).

Saisi en raison de l'incapacité des assureurs et du Centre de gestion hospitalière jurassien (CGH) à fixer le tarif 2002, le surveillant des prix a comparé les hôpitaux du Jura à ceux, jugés équivalents, de Samedan, Granges et Locarno, où un «cas moyen» revient à 6575 francs, alors qu'il coûte 9355 francs à Delémont et Porrentruy. Les coûts hospitaliers stationnaires sont donc 40% plus onéreux dans le Jura qu'ailleurs. Et il se dit que Monsieur Prix aurait pu retenir des hôpitaux économiquement encore plus efficients pour opérer sa comparaison.

Les effets financiers sont désastreux pour le Jura, surtout qu'ils sont la conséquence d'une gourmandise excessive. Dans la négociation du tarif 2002 et malgré le passage d'une enveloppe globale à un forfait par cas, les assureurs semblaient disposés à maintenir l'équivalent du montant versé en 2001, soit 27,5 millions. Mais le CGH, dont les charges globales augmentent, réclamait 29 millions en 2002 et 31 millions en 2003.

Comme l'exige la LAMal en cas de conflit, Monsieur Prix doit être consulté. Bon prince, il propose «d'assainir» la situation sur deux ans. Ainsi, le prix à prendre en considération de 6575 francs par cas moyen, que les assureurs doivent financer à raison de 46%, ne sera effectif qu'en 2003. Pour 2002, il coupe la poire en deux et fixe le cas moyen à 7796 francs. Résultat: alors qu'il demandait 2 millions de plus aux assureurs, le Jura verra leur participation diminuer de 27,5 à 25 millions, puis à 22,2 millions en 2003, selon les projections. Il est probable que s'ils avaient accepté l'«offre» des assureurs (27 millions), les Jurassiens auraient évité le conflit et l'immixtion de Monsieur Prix.

Marge de manœuvre décisionnelle nulle

La pilule ayant du mal à passer, le gouvernement s'est limité à diffuser les chiffres de 2002 dans le communiqué publié lundi, omettant de mentionner les effets pressentis pour 2003! Un gouvernement dont la marge de manœuvre décisionnelle était nulle: conscient que les assureurs avaient la possibilité de recourir auprès du Conseil fédéral, qui donne habituellement raison au surveillant des prix, il a dû s'aligner sur la recommandation fédérale. Le Jura a déjà intégré la tuile financière dans ses budgets: la participation des pouvoirs publics (52% pour les communes et 48% pour le canton) aux coûts hospitaliers est passée de 31 millions en 2000 à 38,5 millions en 2001, 43 millions en 2002 et 50 millions au budget 2003.

Le Jura entend endiguer la hausse des coûts grâce à la réforme hospitalière adoptée en juin par le parlement, qui maintient des hôpitaux généralistes à Delémont et Porrentruy, mais prône la transversalité. L'opération doit générer des économies de 6 millions, largement insuffisantes pour atteindre le «plancher» préconisé par Monsieur Prix.