éditorial

Coûts de la santé: l’éternel argument de la qualité

Le système de santé suisse est l’un des plus chers du monde, mais il passe également pour être l’un des meilleurs. Problème: cela n’est pas tout à fait vrai

La Suisse appartient, avec la Norvège et le Luxembourg, à cette catégorie que les économistes nomment rich bastards. Traduction: dans notre pays, la part du produit intérieur brut consacrée à la santé n’est pas plus élevée que chez nos voisins, mais notre système sanitaire n’en demeure pas moins l’un des plus onéreux de l’OCDE, 77 milliards de dépenses en 2016. Et la tendance n’est pas près de s’inverser.

La conséquence de la hausse constante des coûts en matière de santé a des répercussions directes sur le budget des ménages. A pouvoir d’achat égal, les Suisses sont ceux qui paient le plus de leur poche pour des soins – 783 francs par mois –, juste derrière les Etats-Unis.

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Aujourd’hui déjà, toute une partie de la population helvétique ne peut plus assumer les coûts des primes d’assurance maladie, dont le montant va encore augmenter en 2018. Pire, 11% des Romands déclaraient, dans une enquête récente, avoir dû renoncer à des traitements pour des raisons économiques. De quoi réfléchir à la question de l’équité de l’accès aux soins, dont se prévalent régulièrement les acteurs nationaux de la santé.

Comment dès lors expliquer que notre système sanitaire soit l’un des plus chers du monde? Parce qu’il serait l’un des meilleurs, de l’avis général. Mais n’est-ce pas là un oreiller de paresse? Certes, nous nous démarquons, en comparaison internationale, par un accès quasi immédiat à un médecin spécialiste ou à un hôpital. Mais, du côté de la qualité, tous les indicateurs ne sont pas au vert. Loin de là.

Plusieurs recherches ont mis en lumière les lacunes de la Suisse. Prenons le cas des effets collatéraux causés par des soins dispensés aux patients. Une enquête menée par l’Institut universitaire de médecine sociale et préventive à Lausanne a montré que 1200 morts seraient évitables chaque année dans les hôpitaux suisses, ce qui nous classe juste dans la moyenne internationale.

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Autre exemple: selon l’OCDE, la Suisse se positionne dans le dernier tiers des pays les moins performants en ce qui concerne la mortalité après un infarctus aigu du myocarde, au même niveau que l’Espagne et le Portugal. Ne sombrons pas dans l’autoflagellation: la population suisse a accès à des traitements innovants – notamment dans la lutte contre le cancer –, que d’autres pays ne proposeront peut-être jamais à leurs patients. Mais il est aussi temps d’arrêter de brandir systématiquement l’argument de l’excellence, pour réfléchir à des solutions concrètes capables de freiner l’augmentation sans fin des coûts.

Sans cette nécessaire introspection, il y a fort à parier que les générations futures ne profiteront pas de ce formidable système de santé qui fait tant notre fierté.

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