L'évolution du nombre des médecins n'a pas d'influence sensible sur celle des coûts de la santé. C'est ce qui ressort d'une étude effectuée par le KOF sur mandat de la firme pharmaceutique Sharp & Dohme-Chibret SA. Le Centre de recherche conjoncturelle de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (KOF) a construit un modèle d'évolution des coûts de la santé dont il a vérifié la validité en comparant le pronostic qu'il avait permis avec les prévisions de l'Office fédéral de la statistique pour 2002. Ces dernières tablent sur une augmentation de 4%. Le professeur Bernd Schips, qui a dirigé l'étude, en prévoyait 4,4%. Il ne désespère pas de voir le chiffre définitif se rapprocher de son estimation.

La hausse des coûts de la santé, selon ce modèle, suit celles des salaires, du nombre des personnes âgées de plus de 75 ans et, de façon plus surprenante, celle de la proportion des femmes qui effectuent un travail rémunéré. Quelle explication à ce dernier phénomène? Bernd Schips en est réduit aux hypothèses: en accédant au monde du travail, les femmes s'exposeraient aux maladies qu'il induit. Ou encore elles utiliseraient le congé maladie pour prendre soin de leurs enfants quand ce sont en réalité ces derniers qui sont malades…

Quoi qu'il en soit, les médecins sont disculpés par son étude. Le lien entre la densité médicale et les coûts de la santé a pu être mis en évidence par des comparaisons transversales entre cantons. Considérée globalement au niveau suisse, l'évolution dans le temps de cette densité n'a en revanche pas d'influence sensible sur les dépenses. Autre suspect habituel mis hors de cause par le professeur Schips: le prix des médicaments. La part de ces derniers aux frais de santé reste fixe, assure-t-il. Mais les caisses sont tenues d'en rembourser un nombre toujours plus important, ce qui augmente leur charge.

Liée avant tout à des facteurs sociodémographiques complexes, la hausse des coûts de la santé est-elle donc une fatalité à laquelle il faut se résigner? Pas vraiment: des poches de rationalisation existent encore, notamment dans l'utilisation des hôpitaux où les séjours restent un peu plus longs que dans des pays comparables. Et d'ailleurs, souligne Bernd Schips, une santé chère n'a pas que des inconvénients. Elle allonge l'espérance et la qualité de vie des seniors. En outre, une personne sur dix travaille dans le domaine de la santé. Dans les années à venir, ces avantages devraient se payer, selon les calculs du KOF, d'une hausse comprise entre 3,5% et 4,1% par an.