Pour leur revanche, tardive et chiche, les Savoyards ont donc misé sur un virus. La Compagnie de 1602 a annoncé que le cortège traditionnel qui la voit parader dans la Vieille-Ville de Genève n’aura pas lieu en 2020. «Les mesures imposées par les autorités au vu de leur appréciation de la situation sanitaire» ont amené le comité à annuler les festivités prévues du 11 au 13 décembre prochain, dit le communiqué.

Le 418e anniversaire de la victoire sur les troupes du duc Charles-Emmanuel Ier de Savoie sera donc célébré dans les foyers genevois. On brisera bien la marmite en chocolat, on récitera bien la liste des morts et l’on chantera bien le «Cé qu’è lainô», mais en famille et non devant la cathédrale Saint-Pierre. Le covid n’aura pas raison de l’esprit genevois.

La larme à l’œil

Mercredi soir, le comité de l’association a procédé à «une analyse complète» des risques, détaille son président, Jean-Marc Barberis. «Nous avions déposé notre demande d’autorisation en juin, se souvient-il. Nous y croyions encore. Au contraire de la course de l’Escalade, nous n’avons que peu de contraintes financières. Nous avons donc repoussé le moment de la décision le plus loin possible.»

Mais comme l’épreuve sportive, le marché de Noël, les fêtes du Nouvel An avant elles, le cortège a fini par être terrassé à son tour par le virus. «Maintenir notre manifestation aurait été un risque que nous ne voulons pas faire courir ni au public, ni aux membres de notre société, qui compte des personnes âgées», dit le président, qui avoue «avoir versé une larme» une fois la décision entérinée.

La dernière annulation date de 1932, sur décision du Conseil d’Etat à la suite de la fusillade du 9 novembre qui avait fait 13 morts et 65 blessés lors d’une manifestation ouvrière face à laquelle l’armée avait été envoyée. Trente ans plus tôt, c’est la grève des «traminots» de l’ancêtre des TPG qui avait fait renvoyer le défilé au 1er juin 1903.