Etrangement, les actionnaires de la Société des remontées mécaniques de Crans-Montana (CMA) n'ont pas songé à poser la question samedi au terme de leur assemblée générale. Ils étaient convoqués à Chermignon-d'en-Haut pour se prononcer sur un douloureux plan d'assainissement de leur entreprise, hantée ces dernières années par le spectre de la faillite (Le Temps du 19 juillet).

Pour savoir qui est le mystérieux investisseur censé garantir à la CMA une indépendance décisionnelle conforme aux attentes des acteurs de la région, il a fallu attendre l'apéritif servi au pied de la salle de la fanfare du village, la Cécilia, après l'approbation à une nette majorité du programme de décapitalisation et recapitalisation simultanées.

Après une hésitation, face au panorama limpide des Alpes valaisannes dont les six communes du Haut-Plateau tirent l'essence de leur prestige touristique, Jean-Noël Rey, président du conseil d'administration, et Peter Furger, administrateur-délégué, ont accepté de lâcher le nom du sauveteur. Il s'agit d'un Autrichien. Plus précisément d'une société financière établie à Innsbruck, la KM Immobilienservice GmbH.

Qui sont ces Autrichiens? Peter Furger est le mieux placé pour répondre: «Par mes activités dans le domaine du tourisme alpin, j'ai noué de nombreux contacts, y compris sur le plan européen. C'est ainsi que j'ai pu convaincre les responsables de cette société financière de nous rejoindre.» Peter Furger précise encore que cette compagnie est, entre autres, active dans le domaine touristique, remontées mécaniques comprises, et cela à l'échelle internationale.

Outre son argent, la KMI a une qualité en or aux yeux des administrateurs de la CMA: elle ne prétend pas intervenir dans le champ opérationnel de l'entreprise valaisanne. Les Autrichiens n'accordent pas pour autant une confiance aveugle à leurs nouveaux partenaires valaisans. Avant de s'engager, ils ont posé une condition: Peter Furger devra rester administrateur-délégué de la CMA sur le long terme.

Sur cette base, les deux sociétés françaises qui s'étaient déclarées prêtes à participer à la recapitalisation ont perdu toutes leurs chances. Jean-Noël Rey et Peter Furger assurent qu'ils ont très sérieusement examiné les offres de la Sofival de Val-d'Isère et de la Compagnie des Alpes, déjà présente à Verbier et Saas Fee. Mais celles-là avaient de fortes exigences en matière de direction d'entreprise, qui ont été ressenties par les Valaisans comme une volonté de mainmise sur la CMA. Est venue s'ajouter la question des «management fees»: «Nous ne doutons pas des compétences professionnelles de ces sociétés françaises, commente en aparté Jean-Noël Rey. Mais elles voulaient nous les facturer pour plusieurs centaines de milliers de francs par an. Avec les Autrichiens, on s'épargne cette dépense.»

Peter Furger renchérit: «Depuis la réorganisation des instances dirigeantes de la CMA, en 2001, nous avons beaucoup progressé et pouvons désormais compter sur nos propres compétences, en matière financière, technique et même de marketing.»

Ainsi le conseil d'administration et la direction de la CMA devraient pouvoir conserver leur label «authentiquement valaisan». Bien sûr, les Autrichiens placeront tout de même un représentant au conseil d'administration. Les membres de cette instance pourraient d'ailleurs passer de cinq à sept, glisse Jean-Noël Rey, «mais rien n'est décidé». Sans doute faudra-t-il négocier sur ce point avec les deux autres investisseurs qui se sont déjà déclarés et ont été acceptés. Chacun de leur côté, ces Valaisans apporteront au total 2 millions de francs. Il faudra encore attendre pour que leur identité soit rendue publique.

Un dimanche d'octobre prochain, les citoyens des six communes associées au sein de la CMA seront appelés à se déterminer sur le plan d'assainissement qui a été accepté samedi par l'assemblée générale des actionnaires. Comme ces derniers, ils ne se prononceront pas sans un pincement au cœur. Car après s'être résolus en 1999 à fusionner leurs remontées mécaniques respectives, ils ont déjà consenti à des sacrifices.

En 2001 lors d'un premier assainissement, ils avaient accordé à la CMA un prêt de 10 millions au taux record de 4%. Et maintenant, on leur demande de transformer une part de leurs créances en capital-actions pour un montant de 3 millions, le solde, soit 10 millions, étant purement et simplement abandonné. Enfin, les six mêmes communes font encore un geste en s'engageant à participer à la recapitalisation jusqu'à concurrence de 3 millions si nécessaire.

En octobre, les électeurs pourraient tout de même se décider à voter «oui» en constatant que les banques (UBS, Credit Suisse, BCVs, Raiffeisen) consentent elles aussi à ne plus réclamer 13 millions de créances. Et que sur les 13 millions de cash recherchés par la CMA, 7 ont déjà été trouvés sans que soient posées «des conditions draconiennes». Alors Peter Furger le promet: avec une dette réduite à une vingtaine de millions, et un investissement sur 10 ans estimé à 58 millions, la CMA a l'opportunité de devenir une des entreprises les plus performantes de sa branche, et de tonifier l'économie touristique valaisanne tout en restant «du Haut-Plateau», même si la part au capital de ses six communes passe de 67% à peut-être 20%.