Les menaces, proférées à la fin du mois de janvier, n’ont pas été mises à exécution, mais elles ont porté leurs fruits. La station de Crans-Montana ne quittera pas le Magic Pass, ses doléances ayant été entendues par les partenaires de l’offre commune à plus de 30 stations romandes.

«Tout est bien qui finit bien.» Philippe Magistretti, le président des remontées mécaniques Crans-Montana Aminona (CMA), a le sourire. Il ne pourrait pas en être différemment, puisqu’il a eu tout ce qu’il désirait. «Nous avons obtenu ce qui est bon pour nous, mais qui est également bénéfique pour tous les partenaires de l’offre», souligne-t-il. Son coup de gueule poussé il y a quelques semaines dans les colonnes du Temps a donc été bénéfique pour CMA. «Il faut dire ce que l’on pense. Si on ne le fait pas, on n’obtiendra jamais ce que l’on désire», précise Philippe Magistretti.

Cette façon d’agir peut toutefois laisser perplexe. Plus grand domaine skiable de l’abonnement, Crans-Montana sait que sa présence dans le Magic Pass est un plus pour l’offre. La station ne s’est pas fait prier pour en jouer. «Nous n’aurions pas hésité à quitter le Magic Pass si nous n’avions pas été entendus, confirme aujourd’hui Philippe Magistretti. Ça n’aurait pas été une très bonne idée de tout mettre par terre pour des options qui ne coûtent rien à personne.»

Un supplément pour un accès total au domaine

Principale critique de CMA envers le Magic Pass, le fait que l’abonnement augmente le nombre de skieurs lors des périodes déjà chargées, alors qu’il devrait, au contraire selon la société, combler les creux de fréquentation. Pour satisfaire les exigences de Crans-Montana à ce niveau, une politique tarifaire différenciée sera introduite pour la station, dès l’hiver 2020-2021.

Les détenteurs de l’abonnement ne pourront ainsi profiter du domaine skiable que de façon restreinte durant l’hiver, lors de périodes de basse affluence. Pour avoir un accès sans restriction, ils devront payer une majoration lors de l’achat de leur sésame. Une telle option existe déjà pour Glacier 3000. Un supplément est demandé au client qui veut pouvoir profiter de ces installations.

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Autre mesure introduite, la possibilité pour le domaine skiable de proposer, lors de l’achat du Magic Pass, son option «Fastlane», qui permet aux clients d’éviter les files d’attente au moment d’emprunter les remontées mécaniques. Et ce dès l’hiver prochain.

Crans-Montana, seul mécontent

Il y a deux semaines, pour justifier la pression mise sur ses partenaires, Philippe Magistretti expliquait qu’à la lumière des expériences vécues durant les deux premiers exercices de l’abonnement, il fallait améliorer le prototype Magic Pass. «Avoir un produit qui ne marche pas ne sert à rien», martèle-t-il toujours aujourd’hui. Avec les mesures mises en place, le produit correspond désormais à la vision qu’en a Crans-Montana. Une des rares stations, pour ne pas dire la seule, qui n’était pas satisfaite de l’offre jusqu’ici.

En avril dernier, les domaines skiables membres du Magic Pass tiraient un bilan positif après la première saison d’hiver de l’abonnement. Ils avaient vu leur nombre de journées-skieurs augmenter de près de 50%, à 2,8 millions, et leur chiffre d’affaires grimper de 29%, à 81 millions de francs. «L’augmentation massive des journées skiées par abonnement et par région compense largement la baisse du prix moyen», communiquait la coopérative qui gère cette offre commune.

L’administration du Magic Pass peu loquace

Aujourd’hui, elle ne souhaite pas s’attarder sur les tensions qui l’ont touchée ces dernières semaines. Pierre Besson, le président de Magic Mountains Cooperation (qui gère le Magic Pass), s’en tient au communiqué de presse envoyé aux médias. Il ne dira pas un mot de plus. Dans ce document, l’administration du Magic Pass se dit ravie de l’annonce de Crans-Montana de poursuivre l’aventure et précise qu’elle «étudiera avec sérieux les demandes d’évolution de l’abonnement formulées par CMA, comme elle le fait pour toutes les demandes émanant de tous ses membres». Elle ajoute qu’elle continuera les discussions avec Crans-Montana «dans un esprit coopératif et dans l’intérêt de la majorité des stations qu’elle représente».


Le Magic Pass étend son offre

L’offre du Magic Pass ne cesse de s’étoffer. Pour l’hiver prochain, ce sera en direction du Haut-Valais et de la région de Bienne. L’abonnement donnera accès à plusieurs domaines skiables supplémentaires: Saas-Fee, Saas-Almagell et Loèche-les-Bains (également valable en été) dans la partie germanophone du Valais ainsi que Les Prés-d’Orvin, dans le canton de Berne.

Dans le val de Saas, les offres canon ne sont pas une nouveauté. Saas-Fee avait marqué le coup dès l’hiver 2016-2017 en lançant un abonnement à 222 francs, au lieu des 1050 francs habituels. Plus de 70 000 personnes avaient souscrit cette offre.

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Si la société de remontées mécaniques du val de Saas reconnaît que ce «deal fracassant» a été un succès pour les professionnels du tourisme dans la vallée, elle précise que le résultat n’a pas été «tout à fait satisfaisant» pour elle, car «les frais de licence et de transaction élevés ainsi que les coûts de marketing considérables ont dû être supportés en grande partie de manière autonome». Une problématique qui disparaît avec l’intégration au Magic Pass. L’abonnement commun à plus de 30 stations romandes, troisième du nom, pourra être commandé dès le 13 mars prochain. Son prix sera dévoilé à ce moment-là.