Le ciel du Magic Pass s’assombrit. L’abonnement commun à 30 stations romandes pourrait perdre le plus grand domaine skiable de l’offre dès l’hiver prochain. Crans-Montana menace de claquer la porte à la fin de la saison, après deux années seulement, alors que la station du Haut-Plateau avait initialement signé pour trois ans.

«Cette offre a avant tout été pensée pour des petites stations, déclare Philippe Magistretti, le président des Remontées mécaniques Crans-Montana Aminona (CMA). Nous ne pouvons pas mettre en péril notre société pour d’autres domaines skiables, même par solidarité.»

«Les faiblesses du prototype»

L’alliance de stations hétérogènes ressemble à un exercice d’équilibriste tant les réalités divergent et, pour Crans-Montana, le point de chute est de plus en plus proche. «Les intérêts et les problématiques des différents partenaires sont fondamentalement différents. Si les éléments que nous tentons d’associer sont difficiles à faire cohabiter, il faut tout de même trouver une solution pour que tout le monde soit content», souligne-t-il.

Or, la formule actuelle du Magic Pass ne donne pas satisfaction à la station du Haut-Plateau. C’est cette raison qui la pousse à mettre la pression sur ses partenaires. «Si nous n’améliorons pas ce prototype, alors que nous en connaissons les faiblesses après près de deux ans d’existence, nous ne pourrons pas continuer l’aventure», lâche Philippe Magistretti.

Une offre qui n’est pas optimale

Le président de CMA pointe du doigt plusieurs éléments qui, selon lui, ne fonctionnent pas de façon optimale, à commencer par la politique tarifaire. «Ce produit a été lancé très rapidement pour surprendre le marché, sans suffisamment d’études préalables», explique-t-il. Il reproche aux porteurs du projet de n’avoir jamais appliqué les paliers tarifaires initialement promis: «Il devait y avoir une course au bon prix. Tout le monde ne devait pas obtenir son abonnement à 399 francs, le prix le plus bas; or cette politique n’a jamais été mise en place, ce qui nous pose de sérieux problèmes.»

Philippe Magistretti estime également que le Magic Pass «ne répond pas à une problématique fondamentale, à savoir celle de combler les creux de fréquentation. Au contraire, elle attire plus de monde lors des périodes déjà chargées», constate-t-il. Si le président de CMA reconnaît que le Magic Pass a permis de redonner le goût du ski à de nombreuses personnes et d’attirer plus de clients dans la station, il critique la venue de cette clientèle supplémentaire à un moment qui est tout sauf idéal pour la station.

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Tout comme les autres stations, Crans-Montana cherche à faire croître son chiffre d’affaires autrement que par une hausse des prix. Partant de ce principe, l’augmentation de la fréquentation est nécessaire, «mais nous devons le faire en exploitant la capacité inutilisée de notre domaine skiable, à savoir les périodes creuses», précise-t-il. Autrement dit, un abonnement à bas coût comme le Magic Pass devrait lui permettre de gagner de l’argent par exemple un mercredi pendant le creux de janvier, lorsque la météo est maussade. Mais la réalité est différente.

Crans-Montana exige des modifications

Si aujourd’hui Crans-Montana annonce qu’elle envisage sérieusement de quitter l’abonnement commun, la station pourrait ne pas mettre ses menaces à exécution. Cela à condition que l’offre évolue. Les représentants de CMA ont donc fait part de leurs exigences aux autres membres du Magic Pass lors d’une réunion le 25 janvier. Si elles ne sont pas entendues, le divorce sera effectif. «Les partenaires doivent tenir compte des desiderata de la plus grande station, celle qui a pris les plus gros risques», appuie-t-il.

Crans-Montana veut tout d’abord que l’évolution du prix de l’abonnement par paliers soit réellement instaurée. La station demande également que des options soient introduites pour son domaine skiable. «Une partie de notre clientèle se plaint de la hausse de la fréquentation, explique Philippe Magistretti. Nous souhaiterions donc que le Magic Pass ne soit, par exemple, pas valable lors de la haute saison à Crans-Montana ou qu’un supplément soit facturé pour le skieur qui souhaite avoir accès à notre domaine durant tout l’hiver.» C’est déjà le cas pour le domaine skiable de Glacier 3000. Un supplément de 400 francs est demandé au client qui veut pouvoir profiter de ces installations.

La station du Haut-Plateau souhaite aussi pouvoir tester la tarification dynamique, similaire à ce qui se fait dans l’aviation civile. «Saint-Moritz, notamment, applique cette politique tarifaire, avec des résultats intéressants», indique Philippe Magistretti. Les prix varient à la baisse, évidemment, mais aussi à la hausse selon la période de l’hiver, la météo ou encore la fréquentation du domaine skiable. «Nos partenaires doivent comprendre que nous devons avancer dans ces réflexions. Nous sommes une entreprise commerciale, nous ne pouvons pas laisser passer des opportunités à cause de l’intransigeance d’autres stations», clame Philippe Magistretti.

«Ce n’était pas une erreur d’intégrer le Magic Pass»

En agissant de la sorte, Crans-Montana semble cracher dans la soupe. La station, qui a profité et qui profite toujours du Magic Pass, connaissait les règles du jeu au moment de s’engager. Alors, n’aurait-elle pas dû renoncer dès le début, si l’abonnement commun ne répondait pas à ses attentes? «Ce n’était pas une erreur d’intégrer le Magic Pass, répond Philippe Magistretti. Cette offre pourrait être une idée fantastique pour redonner un coup de boost au ski, mais pour cela il faut l’aménager intelligemment», souligne-t-il.

De son côté, la société coopérative Magic Mountains Cooperation, qui gère le Magic Pass, précise qu’elle n’a «pas pu répondre favorablement» à toutes les requêtes de CMA. Elle rappelle, par ailleurs, que les accords qui lient les partenaires ont été conclus pour trois ans. En cas de départ anticipé, CMA ne «respecterait donc pas ses engagements» et la coopérative «se réserverait le droit de réclamer réparation de tout éventuel dommage».