Valais

A Crans-Montana, le règne de l’opacité

Alors que les médias cherchent à obtenir des documents liés à la crise qui secoue la station valaisanne, les communes concernées les ont livrés à la justice de leur plein gré, pour éviter semble-t-il de les rendre publics

Le point culminant de la crise qui secoue le Haut-Plateau depuis de nombreux mois semble passé. Opposés jusqu’à il y a peu, Radovan Vitek, l’actionnaire majoritaire des remontées mécaniques de Crans-Montana (CMA), et les présidents des trois communes actionnaires minoritaires se présenteront côte à côte jeudi soir pour répondre aux questions de la population. Ils entendent ainsi démontrer que les parties ont tiré un trait sur le passé et qu’elles travaillent main dans la main pour l’avenir de la station.

Malgré cette apparente paix retrouvée, il existe toujours des soupçons d’infractions pénales, détaillés dans deux rapports commandés par les communes du Haut-Plateau à une étude d’avocats et à une fiduciaire genevoises. Il pourrait être reproché aux administrateurs de CMA de s’être rendus coupables de faux dans les titres, de fausses constatations, d’escroquerie ou encore de gestion déloyale d’intérêts publics.

Tout débute en décembre 2016, lorsque Radovan Vitek décide d’une augmentation du capital de CMA de 50 millions de francs, à laquelle il souscrit seul. Quasi simultanément, la société rachète CMA Immobilier, l’entreprise qui gère les parkings et les restaurants de la station, pour 35 millions de francs. Un montant largement surévalué, selon les communes et les réviseurs de comptes. Cette opération entraîne une perte de 28 millions pour CMA.

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Pas d’action devant la justice civile

Lésées dans cette transaction, les communes ont renoncé à engager une action devant la justice civile, puisqu’elles ont obtenu réparation. Radovan Vitek va racheter CMA Immobilier au prix auquel il a vendu la société en 2016. Il ne manque que le paiement pour que cette acquisition soit validée.

Afin de comprendre ce qu’il s’est réellement passé, six médias, dont Le Temps, cherchent à obtenir depuis début octobre les rapports en mains des communes. En vain. La médiation, menée le 26 novembre par Sébastien Fanti, le préposé valaisan à la protection des données et à la transparence, n’y a rien changé. Pire, en fin de semaine dernière, les documents ont été versés au dossier pénal, ouvert depuis mi-octobre par le procureur général Nicolas Dubuis, à la suite d’un article du Matin Dimanche. Les communes estiment que c’est désormais le Code de procédure pénale qui doit régir l’accessibilité des deux rapports, pour toute la durée de la procédure.

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Les rapports remis intentionnellement à la justice?

Pour éviter de rendre publics des rapports qui pourraient à nouveau envenimer la situation, les communes ont-elles intentionnellement décidé de les fournir à la justice? Plusieurs éléments le suggèrent. Dans la recommandation qu’il vient d’émettre et qui invite les communes «à communiquer sans délai» les documents aux médias, Sébastien Fanti affirme, preuve à l’appui, que l’initiative du contact entre le Ministère public et les communes est l’œuvre de l’avocat de ces dernières, qui a écrit au procureur général le 27 novembre.

Dans leur proposition faite aux médias lors de la médiation, les communes avaient soumis deux réserves à la transmission des rapports. L’une d’elles spécifiait déjà que «si le procureur général demande aux Communes de verser les rapports au dossier pénal, les règles du Code de procédure pénale prendraient alors le pas sur la Loi sur l’information, la protection des données et l’archivage». C’est exactement ce qu’il s’est passé le lendemain de l’écriture de ces lignes par l’avocat des communes. Le timing est surprenant, alors que l’enquête préliminaire du Ministère public dure depuis un mois et demi.

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