La survie des hôpitaux de Moutier et de Saint-Imier passe par la fusion. Forts de cette conviction, les responsables des établissements ont laissé au vestiaire leur fierté locale pour privilégier l'intérêt régional. Ils ont décidé de créer l'Hôpital du Jura bernois, chapeautant les deux sites. L'opération devait obtenir l'assentiment des 38 communes des districts de Moutier et de Courtelary. Dans 36 d'entre elles, elle a été ratifiée sans histoire. A Saint-Imier, la poignée d'opposants, craignant que l'affaire ne profite trop à Moutier, a été minorisée en votation populaire.

Le projet a failli capoter à Saicourt, petite commune qui héberge la clinique de Bellelay. Ses habitants redoutaient qu'après la délocalisation de la psychiatrie

aiguë à Saint-Imier et à Moutier, Bellelay perde aussi sa division de gérontopsychiatrie. Ils ont conditionné leur accord à la fusion hospitalière au maintien de l'activité dans leur clinique. Les assurances fournies, les citoyens de Saicourt ont finalement accepté, lundi soir, par 73 voix et deux abstentions, de cautionner l'Hôpital du Jura bernois.

«La procédure décisionnelle, menée au pas de charge, a mis en évidence la solidarité de la population du Jura bernois», commente Jean-Claude Châtelain, ravi. L'actuel patron de l'Hôpital de Moutier se verra confier la direction de l'Hôpital du Jura bernois, son homologue de Saint-Imier Henri Pingeon partant à la retraite. La réalisation de la fusion ne provoquera plus de grosses restructurations. «Moutier et Saint-Imier travaillent déjà de concert depuis un an, les médecins spécialistes pratiquent sur les deux sites.» Il ne reste que quelques doublons administratifs à supprimer. «Cela se fera sans licenciement», assure le directeur, qui rappelle que les hôpitaux «ont déjà été pressés comme des citrons». «A Moutier, nous avons supprimé 40 lits de soins aigus et 30 postes de travail. Saint-Imier s'est aussi restructuré.» La fusion n'engendrera que un million d'économies supplémentaires. Elle permettra aux deux établissements de rester des hôpitaux de proximité, offrant chacun les prestations de base et en particulier les urgences. Saint-Imier gardera ses 70 lits aigus et 36 de longue durée, Moutier ses 70 lits aigus et 91 de longue durée. L'Hôpital du Jura bernois emploie 520 personnes représentant 380 postes de travail, il tourne sur un budget de 45 millions, financé à raison de 33 millions par les assureurs et de 12 millions par le canton de Berne (65%) et les communes (35%).

Menacé voici quelques mois, l'Hôpital du Jura bernois fonctionnant sur deux sites est-il définitivement sauvé? «Je pense que oui, répond Jean-Claude Châtelain. Car notre situation périphérique est reconnue. Nous sommes suffisamment éloignés de Bienne, par exemple, pour qu'on ne nous supprime pas les urgences. Mais la menace de nouvelles restrictions financières linéaires n'est pas à exclure.»