Les membres du Parti national suisse (NPS en allemand) doivent sans doute regretter d'avoir choisi David Mulas, 24 ans, comme président de leur organisation. Depuis la fondation du NPS en avril dernier, cet ancien apprenti au bénéfice d'une rente d'invalide a ridiculisé le nouveau parti en accumulant les bourdes. Peu après s'être présenté comme président du NPS et avoir dénoncé la «République des Juifs», David Mulas s'excusait et annonçait la dissolution de sa formation. La direction du NPS, qui compterait une soixantaine de membres, a ensuite démenti la nouvelle. Il s'est avéré par la suite que David Mulas est poursuivi en justice pour avoir menacé de mort des militants de gauche. Il est en outre soupçonné par la justice zurichoise d'avoir escroqué plus de 1000 petits épargnants pour un montant total de 350 000 francs. Des voix se sont élevées dans la classe politique pour demander l'interdiction du NPS, considéré généralement comme inspiré par l'idéologie néonazie.

Un homme de liaison pour la Suisse

La création du NPS est la dernière tentative en date d'organiser la scène skin autour d'une structure politique capable de participer à des élections. Son modèle – et sa source d'inspiration principale – est le NPD (Parti national-démocratique) allemand, considéré comme le plus petit des partis d'extrême droite en Allemagne. Il compte 6000 membres et utilise l'appui des skinheads dans les régions pour organiser des manifestations qui lui procurent un certain écho médiatique. Le NPD a fait de la reconstitution de l'«espace vital» allemand l'un de ses principaux objectifs et cherche à s'établir au Sud-Tyrol italien et en Autriche. En février dernier, son président, Udo Voigt, a demandé à l'ambassade de Suisse à Berlin l'autorisation de créer un parti frère en Suisse, ce qui lui fut refusé.

Le parti nomma ensuite un «homme de liaison» pour la Suisse, Stefan Göbeke-Teichert, et à nouveau les autorités helvétiques lui mirent des bâtons dans les roues: le militant néonazi a été interdit d'entrée en Suisse pour dix ans en tant qu'«étranger indésirable». L'interdiction a été facilement contournée puisque David Mulas a repris le flambeau et présenté ouvertement le NPS comme une organisation sœur du NPD.

L'idéologie des deux formations est très semblable: une récente publication du parti présentant le programme du NPS rend ainsi hommage aux soldats allemands morts durant la Seconde Guerre mondiale «pour la liberté de l'Europe». «Le NPS reçoit un soutien idéologique du NPD, qui a initié sa création, et les deux partis entretiennent des liens personnels», explique le vice-directeur de la police fédérale, Jürg Bühler. L'un des principaux membres du NPS, Manuel Wettstein, soigne depuis longtemps ses contacts avec la direction du NPD.

Le même Manuel Wettstein est l'un des principaux organisateurs de l'Initiative nationale suisse (NIS), une formation fondée en 1996 dont l'un des buts est de participer aux élections. Des militants de la NIS ont participé à plusieurs manifestations organisées par le NPD en Allemagne. Dans une large mesure, la NIS et le NPS semblent être une seule et même organisation. Ils se ressemblent aussi dans leur impuissance à organiser une activité politique significative, selon la police fédérale, et dans l'absence d'implantation en Suisse romande.