« Depuis cinq années déjà existe, dans la rue du Grand Saint-Jean, à Lausanne, une «Crèche», établissement de bienfaisance destiné à recevoir pendant la journée les petits enfants âgés de six mois à quatre ans, que leur mère […] ou leurs parents infirmes ne peuvent surveiller et garder. Ces malheureux petits êtres, condamnés souvent à rester pendant des journées entières enfermés seuls au logis, sans soin et sans nourriture, livrés à eux-mêmes ou placés sous la garde d’un petit frère ou d’une petite sœur à peine plus âgés qu’eux-mêmes, trouvent à la Crèche un asile où ils sont convenablement nourris et soignés. On n’admet que les enfants des mères obligées, pour vivre, de travailler au-dehors; une surveillance sévère est exercée à cet égard sur les parents, car la Crèche est destinée, non pas tant à soulager ces derniers qu’à donner des soins à l’enfance.

La Crèche de Lausanne a été fondée et soutenue jusqu’ici par les seuls soins d’une dame charitable de notre ville. Désirant donner à cet établissement une organisation plus stable et lui assurer le concours d’autres personnes, la généreuse fondatrice a pris l’initiative de la création d’une société qui vient de se constituer sous le nom de «Société de la Crèche de Lausanne».

Le comité de cette société est composé de quinze dames et de M. le pasteur Naef, président; M. le curé Deruaz, vice-président […].

La Crèche de Lausanne n’a d’autres ressources que la charité privée, laquelle lui vient en aide au moyen de ventes de bienfaisance, de dons en argent ou en nature ou de cotisations versées au moyen de livrets. Outre cela, les mères dont les enfants sont reçus à la Crèche paient une finance quotidienne de 10 centimes. Les enfants sont reçus dans l’établissement sans distinction de nationalité ni de religion. […]»

«Parmi les nombreux établissements de bienfaisance qui ornent la ville de Lausanne, un des plus intéressants est certainement la Crèche. Que de misères soulagées, que d’angoisses dissipées dans cette hospitalière maison, où la mère que l’ouvrage appelle va remettre, en toute confiance, à des mains expertes et bienveillantes, son bébé chéri. Elle sait que dans ce logis de paix, l’enfant sera nourri, surveillé, choyé, qu’aucun ne lui manquera des mille petits soins que réclame sa fragile existence. Elle l’abandonne aux sœurs, sachant que la bonté et la piété ont donné à ces saintes femmes des cœurs de mère, de même pour les enfants d’autrui. Et, soulagée de ce grand souci, la vraie mère s’en va au travail l’esprit tranquille et le cœur au repos, toute réconfortée par la certitude que son bébé est en sécurité et que, le soir venu, elle le retrouvera, qu’on le lui rendra sain et sauf, frais et rose, et que deux petites mains mignonnes se tendront vers elle. Et elle pressera l’enfant sur sa poitrine, reconnaissante du grand service que la Crèche lui rend.

A mesure que Lausanne s’étend et que sa population augmente, la Crèche voit le nombre de ses petits protégés s’accroître aussi. C’est par dizaines que chaque jour on les lui amène. Et comment leur fermer la porte quand les besoins sont là, pressants? Impossible. Alors il faut, pour les abriter, les soigner, les nourrir, les amuser, de la place, des aliments, du personnel, c’est-à-dire de l’argent. […] »

« Soulagée de ce grand souci, la vraie mère s’en va au travail l’esprit tranquille et le cœur au repos, toute réconfortée par la certitude que son bébé est en sécurité »