Jeudi dernier, lors de la conférence de presse du Conseil fédéral, Alain Berset affirmait en réponse à une question que «du point de vue du Conseil fédéral, les crèches n’avaient jamais été fermées». La phrase a soulevé plus d’un sourcil, sachant qu’une partie d’entre elles a, au contraire, été close de manière obligatoire. Le ministre de la Santé annonçait le même jour qu’une partie de l’économie rouvrirait lundi prochain. Les structures d’accueil pour enfants en feront-elles partie? A quelques jours de l’échéance, le secteur peine encore à répondre à la question.

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L’incertitude plane

«Pour le moment, rien n’est clair», déplore Frédéric Baudin Maissen, directeur de Pop e poppa, le plus grand réseau de crèches en Suisse (54 institutions). La difficulté vient en partie du fait que chaque canton connaît une situation différente, dit-il: «La Suisse alémanique a par exemple demandé à l’ensemble des structures de rester ouvertes alors que Vaud a fermé presque toutes les crèches à l’exception de quelques établissements destinés aux enfants du personnel soignant.»

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Directrice de deux établissements d’accueil privés à Nyon (VD), Julie Duc a ainsi dû garder porte close ces dernières semaines sur commande du Conseil d’Etat vaudois. «Maintenant, la date du 27 avril a été annoncée pour une réouverture, dit-elle. Cependant nous ne pourrons pas rouvrir comme avant. Selon les dernières prescriptions, nos employés devront désormais s’occuper de moins d’enfants chacun pour éviter de multiplier les contacts alors qu’en parallèle il faut libérer davantage d’espace pour que les adultes puissent respecter les mesures de distanciation sociale entre eux. C’est complexe. J’attends des précisions du canton d’ici jeudi.»

Certains parents peinent à honorer leurs factures

Le défi logistique s’accompagne d’un point d’interrogation important: si les établissements peuvent rouvrir, combien d’enfants reviendront-ils lundi prochain? Car s’il est possible de mettre en place certaines mesures dans un établissement relativement vide, au-delà d'un certain seuil, cela pose problème en période de coronavirus. A la crèche de l’hôpital de Fribourg, restée ouverte pour accueillir les enfants du personnel soignant, les parents ne rentrent plus dans les salles et la désinfection des mains à l’entrée est obligatoire. «La distanciation sociale n’est cependant possible qu’entre adultes, souligne sa directrice, Moïra Fattebert. Les mesures fonctionnent plutôt bien à l’heure actuelle, mais nous ne pourrons probablement pas accueillir autant d’enfants qu’avant dans cette configuration.» Elle aussi attend des précisions des autorités cantonales.

Une clarification rapide des possibilités d’accueil s’impose d’autant plus que certains parents dépensent actuellement de l’argent dans le vide. «Dans nos structures qui ont dû fermer, nous avons fait un rabais aux parents de 65%, détaille Frédéric Baudin Maissen. Mais beaucoup de gens ne comprennent pas pourquoi ils devraient payer quoi que ce soit alors qu’ils gardent les enfants à la maison. D’autant qu’une partie d’entre eux éprouve actuellement des difficultés financières. Le problème se pose de manière différente à Berne: comme tout est resté ouvert, le canton nous a signifié de garder notre facturation à 100%. Mais beaucoup de parents ont quand même retiré leurs enfants des crèches par peur d’une contamination et, comme en Suisse romande, ils ont parfois de la peine à régler la note.»

«Ça va être compliqué pour certains établissements»

L’incertitude budgétaire ne plane par ailleurs pas seulement sur les parents; les structures d’accueil sont aussi inquiètes. Pour éviter que trop d’établissements ne ferment, le président de Pop e poppa appelle à l’aide: «Nous demandons que l’Etat couvre au moins les frais fixes des structures fermées et qu’il nous accorde sans rechigner le droit au chômage partiel, ce qui n’est actuellement pas le cas dans tous les cantons. Le taux de remplissage actuel est d’à peine 20% et tous les parents ne pourront pas honorer leurs factures. Sans aide, cela va être très compliqué pour certains établissements.»