Les hautes écoles et les institutions de recherche suisses serrent les rangs. Alors que la commission des finances du Conseil national débattait du programme d’encouragement de la formation et de la recherche, elles ont demandé, mardi matin à Berne, une croissance annuelle des crédits de 3,2% pour les quatre années à venir, au lieu des 2% prévus par le Conseil fédéral.

«C’est une nécessité pour réaliser nos objectifs et ne pas mettre en danger le leadership de la Suisse dans ces domaines», argumente Michael Hengartner, recteur de l’Université de Zurich et président de Swissuniversities. La faîtière des universités, des EPF et des HES (Hautes Ecoles spécialisées) organise la résistance et fait monter la pression sur les parlementaires, main dans la main avec les dirigeants du Fonds national suisse (FNS) et des Académies suisses des sciences. Mais pour l’instant, cette stratégie n’a pas fonctionné: le premier round a été perdu.

Dès la présentation du programme d’encouragement de la formation, de la recherche et de l’innovation (FRI) pour les années 2017 à 2020, le 25 février dernier, les acteurs de la formation supérieure et de la recherche ont manifesté leur inquiétude. Ils ont peaufiné leurs arguments, mais le message reste le même: «Il faut corriger le décalage entre les objectifs politiques ambitieux qui sont affichés et le recul de la croissance des moyens financiers.»

Alors que ce domaine avait bénéficié d’un taux de croissance de 3,7% sur la période 2013-2016, le Conseil fédéral a placé la barre à 2%, «un taux conséquent en comparaison d’autres secteurs», selon le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. «En tenant compte du renchérissement, cela donne une croissance réelle de 1 à 1,4% seulement», rétorquent les milieux concernés, qui souhaitent recevoir 332 millions supplémentaires. Globalement, l’enveloppe s’élève à 26 milliards.

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Les recteurs et les chercheurs sont d’accord avec les quatre priorités posées par le gouvernement: encouragement de la relève scientifique, accroissement du nombre de diplômes en médecine, mise en valeur de nouveaux domaines de recherche, liés par exemple au tournant énergétique, à la médecine personnalisée ou au big data, renforcement de la formation professionnelle supérieure. L’accord porte aussi sur la nécessité de la participation pleine et entière de la Suisse au programme européen Horizon 2020. «Actuellement, deux menaces planent sur les hautes écoles et la recherche: les incertitudes sur le financement et celles sur la participation pleine et entière de la Suisse aux programmes européens», déplore Michael Hengartner. Katharina Fromm, vice-présidente du Conseil de la recherche du FNS pointe deux risques: les jeunes chercheurs suisses pourraient se tourner vers d’autres pays plus attractifs et les cerveaux étrangers être moins attirés par la Suisse.

«Deux menaces planent sur les hautes écoles et la recherche: les incertitudes sur le financement et celles sur la participation de la Suisse aux programmes européens»

Les milieux de la formation, de la science et de l’innovation ont activé leurs relais au sein du parlement. Mais les élus convaincus de l’importance de ces domaines, notamment pour l’économie suisse, sont plus nombreux dans la commission de la science que dans celle chargée de valider les budgets. Pour l’instant, la pression n’a donc pas produit les effets escomptés. Mardi, à l’issue de sa séance, la commission des finances a majoritairement approuvé le projet du Conseil fédéral avec la hausse de 2%. Emmenée par Jacques-André Maire (PS/NE), une minorité de gauche a défendu une augmentation de 3,2%. Mais cette proposition a été rejetée par 18 voix contre 7. Un projet de l’UDC, prévoyant de serrer plus fort la ceinture des institutions, a également été rejeté.

L’espoir demeure

Mais le match n’est pas encore joué. Les proches des hautes écoles placent désormais leur espoir dans la commission de la science et de l’éducation, où certains élus de droite comme le PLR Fathi Derder sont sensibles à ces enjeux. «Au vu du contexte économique, ce n’est absolument pas le moment de faire des économies dans la recherche et l’innovation: il faudrait plutôt investir!» fulmine Jacques-André Maire, qui déplore que le secteur soit à ce point mis à contribution dans le plan d’économies fédéral. Quoi qu’il arrive dans la commission de la science, le conseiller national défendra sa proposition de minorité devant l’hémicycle.