«Je ne veux pas trop en dire. J'ai un devoir de réserve envers mon employeur.» Les traits tirés, la voix mal assurée, Bernard Laubscher en a gros sur le cœur. Mais il préfère ne pas s'étendre sur les motivations qui l'ont poussé à démissionner de son poste de médecin-chef du département cantonal de pédiatrie. A ses côtés, le Dr Rudolf Schlaepfer joue le rôle de porte-parole. Président de la Société neuchâteloise de pédiatrie (SNP), il a improvisé une conférence de presse à son domicile de La Chaux-de-Fonds pour évoquer les craintes de la profession quant à l'avenir de la pédiatrie hospitalière.

A l'origine de ce nouveau rebondissement du feuilleton hospitalier: la décision, la semaine dernière, d'Hôpital neuchâtelois de se donner six mois pour étudier la mise en place d'une unité «mère-enfant» regroupant sur un seul site les services de pédiatrie et de gynécologie obstétrique (lire LT du 04.05.07). «Nous soutenons le projet à l'unanimité, mais le délai proposé est beaucoup trop long, regrette Rudolf Schlaepfer. La question est de savoir où il y a des locaux à disposition. Que ce soit à Neuchâtel ou à La Chaux-de-Fonds, il faut y aller. On ne peut pas se permettre de tout reprendre à zéro.»

Atermoiements

Cette volonté d'aller vite en besogne s'inscrit dans un contexte difficile, avec en toile de fond l'éternelle querelle entre le Haut et le Bas du canton. Fin 2006, le projet de transfert de la pédiatrie hospitalière de La Chaux-de-Fonds à Neuchâtel avait suscité une vive émotion dans les Montagnes. Quatre pédiatres externes travaillant à 20% à l'Hôpital de La Chaux-de-Fonds avaient démissionné en signe de protestation. Ils sont revenus sur leur décision avec le consensus qui s'est créé autour du projet d'unité «mère-enfant».

Ces atermoiements ont eu raison de la patience de Bernard Laubscher. «Pendant une année et demie, j'ai été de garde jour et nuit, précise le médecin basé à Neuchâtel, qui quittera ses fonctions le 31 décembre prochain. J'ai pris deux semaines de vacances durant lesquelles j'étais couvert par l'équipe de La Chaux-de-Fonds. L'Etat ne peut pas se permettre d'imposer cela. Mes prédécesseurs ont terminé totalement épuisés. Ils nous avaient dit de ne pas faire comme eux...»

Cette fatigue s'explique par des effectifs limités, avec l'obligation d'avoir un cadre par site mobilisable sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L'Hôpital de La Chaux-de-Fonds dispose d'un médecin-chef (70%) encadré par les quatre médecins à 20%. L'Hôpital Pourtalès de Neuchâtel compte lui deux pédiatres à 70%. Mais plus pour longtemps: le départ de Bernard Laubscher s'ajoute à celui de son collègue Alessandro Diana, rendu public il y a quelques semaines.

Cette hémorragie place l'hôpital neuchâtelois dans une position très inconfortable. «On peut comprendre que les médecins cadres n'aient pas envie de se donner jour et nuit à l'hôpital, souligne son directeur général, Pascal Rubin. Mais il fallait nous laisser un peu de temps. Nous pouvons très rapidement démontrer que l'option de l'unité «mère-enfant» est la meilleure. Mais ce n'est pas tout: il faudra ensuite définir quels services seront transférés dans l'hôpital qui perdra sa maternité et sa pédiatrie. L'un ne va pas sans l'autre, ne serait-ce que pour des questions de place.»

En finir avec les rivalités régionales

Pascal Rubin entend prendre le temps nécessaire pour mettre en place un dossier solide afin de permettre au Conseil d'Etat de trancher en toute connaissance de cause. Pour lui, les choses sont limpides: la survie de la pédiatrie hospitalière passe par la mise entre parenthèses des rivalités régionales pour installer une unité «mère-enfant» sur un seul site d'ici au 1er janvier 2008. «C'est le seul moyen d'avoir une structure attractive à même d'attirer de nouveaux médecins», assure-t-il.

Que se passera-t-il en cas d'échec? «Nous ne serions plus en mesure d'assurer nous-même des prestations de qualité suffisante, prévient Pascal Rubin. Nous serions contraints de nous approcher des hôpitaux universitaires de Lausanne ou Genève pour solliciter un partenariat. Nous ne souhaitons bien sûr pas en arriver là.»