Le cri du PS pour défendre l’enseignement du français

Education Le parti déplore les attaques venant de Suisse alémanique et invoque l’intervention de la Confédération

C’est un cri du cœur, à but préventif. Inquiet, le PS est monté au créneau mardi, appelant la Confédération à intervenir si des cantons décidaient de renoncer à l’enseignement d’une deuxième langue nationale. Dans son viseur, les attaques régulières contre le français émanant de certains cantons alémaniques.

C’est dans le cadre d’une conférence de presse placée sous le signe de la prochaine rentrée scolaire que le parti a mis en garde contre les «dangers des mesures d’économies» et rappelé ses revendications en matière d’éducation. Avec un regard insistant vers la Suisse alémanique: Lehrplan 21, le futur plan d’études harmonisé, prévu pour 2015, et soutenu par le PS, provoque de nombreuses agitations, en raison notamment du maintien de l’obligation d’enseigner deux langues étrangères à l’école primaire. Pointant du doigt ceux qui cherchent à s’y soustraire et à bannir le français, le conseiller national valaisan Mathias Reynard, lui-même enseignant, a rappelé que la question de l’enseignement des langues était «tout à fait centrale». Pour lui, les attaques actuelles à l’encontre du français dans certains cantons sont «extrêmement graves», elles «menacent le fragile équilibre de notre pays» et sont un «danger pour la cohésion nationale».

Le compromis de 2004

«Curieusement, ces offensives sont soutenues par des milieux politiques qui se prétendent patriotes et défenseurs de l’identité suisse, mais qui préfèrent donner la priorité à l’anglais plutôt qu’à une langue nationale», a fustigé le Valaisan, dans une attaque à peine masquée contre l’UDC. «Rien ne justifie que seules les communautés linguistiques minoritaires fassent l’effort de découvrir la langue et la culture de la majorité alémanique», a-t-il encore relevé. Mathias Reynard craint que le «dérapage actuel» ne mène à une normalisation de l’anglais comme langue de communication entre régions linguistiques nationales: «Le PS ne laissera pas s’organiser ce gâchis et travaille au contraire au renforcement de l’enseignement des langues durant la scolarité obligatoire, de façon harmonisée.»

Il rappelle le compromis de 2004 de la Conférence des directeurs cantonaux de l’Instruction publique (CDIP), intégré ensuite dans le concordat HarmoS, qui prévoit l’enseignement de deux langues étrangères, dont une nationale, dès l’école primaire. Aucun gouvernement cantonal n’a encore pris position contre lui. L’article 62 de la Constitution fédérale, accepté par 86% de la population en 2006, stipule, lui, qu’en cas de mésentente des cantons, la Confédération peut intervenir et légiférer pour harmoniser les objectifs pédagogiques.

Des initiatives ont été déposées dans plusieurs cantons pour ne garder qu’une seule langue étrangère en primaire, souvent sous l’impulsion de l’UDC. C’est le cas notamment à Lucerne, à Nidwald et dans les Grisons. Le Grand Conseil ­schaffhousois a de son côté déjà adopté une motion exigeant le retour à une seule langue étrangère, en l’occurrence l’anglais. Quant au canton d’Argovie, il a de fait quasiment supprimé le français, puisqu’après une année obligatoire en cinquième, les élèves peuvent renoncer à cette branche, a précisé mardi le conseiller national Matthias Aebischer. Son canton, Berne, privilégie l’enseignement du français dès la 5e, puis l’anglais dès la 7e.

Rapport en août 2015

Alors que le PS élève la voix, le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, a déjà fait savoir, même si l’éducation relève de la compétence des cantons, que le Conseil fédéral ne laissera aucun canton sacrifier l’enseignement d’un autre idiome national sur l’autel de l’anglais. Il a répondu en ce sens le 13 juin dernier aux interpellations des sénateurs Raphaël Comte (PLR/NE) et Christian Levrat (PS/FR), inquiets.

Mais le conseiller fédéral a répété qu’il attendrait le rapport d’évaluation d’HarmoS, prévu pour août 2015, avant d’intervenir. «Nous ne voulons pas retirer la confiance placée en la responsabilité des cantons, qui a fonctionné jusqu’ici», avait alors rappelé Alain Berset. Et si un canton décidait de franchir le Rubicon avant? Le Conseil fédéral serait disposé à agir. «De manière calme, sereine, posée, mais très claire.»