Il est 10 h 15 samedi matin à la gare de Landquart. Les nuages sont bas. Il fait –3 degrés mais une centaine de manifestants de l'Alliance d'Olten sont déjà chauds. Pris d'assaut par la délégation de la plate-forme anti-WEF qui veut négocier un passage à Fideris sans contrôles, le train rouge des RhB qui mène à Davos a un quart d'heure de retard.

Sur le quai, des hommes en cagoule, lunettes de soudeur autour du cou, bloquent les portes. Une femme masquée d'un bonnet bleu demande à tous les voyageurs du deuxième wagon qui ne font pas partie de la délégation de descendre. Le ton de la négociation de la part de l'Alliance d'Olten est donné: une intransigeance soulignée par des actions coup de poing. Un couple de personnes âgées qui habite la station grisonne se plaint, puis se résigne: «Vous criez à la démocratie derrière vos masques mais vous êtes pires qu'une dictature», lâche la vieille dame en noir en descendant du train. Le convoi part après avoir été filtré par les groupuscules radicaux de la plate-forme anti-WEF.

Une demi-heure plus tard, c'est l'arrivée à Fideris. Tout le monde descend. Enfin, pas tout de suite car les membres de la délégation, tous masqués, sifflent «WEF wipe out» tout en se calfeutrant dans les wagons. Un homme sort et scande, au travers d'un mégaphone, son opposition aux contrôles. Une demi-douzaine de caméras se précipitent sur l'événement. Le train reste immobilisé.

Cent mètres plus bas, des manifestants venus en car tentent de contourner le «sas de sécurité». Un premier cordon des forces antiémeute de la police genevoise est déployé sous le pont. Débordé par un groupe sur la gauche, il se replie sur la route. La circulation est maintenant totalement bloquée. En face, les drapeaux rouge et blanc du syndicat SIB fleurissent.

Après deux heures de tractations entre les forces de police et la délégation de l'Alliance d'Olten sous le regard des observateurs indépendants, on autorise le départ du train après quelques contrôles de routine dans les wagons. Les agents de l'Aéroport de Zurich-Kloten effectuent leur besogne sans zèle.

Pendant ce temps, Christiane Brunner, présidente du Parti socialiste, attend sur le quai de la gare de Landquart la sortie du deuxième train. On s'étonne du retard. C'est à ce moment que, plus haut, un membre de la délégation reçoit un message sur son mobile. Il lance: «Christiane Brunner a dit qu'on était plus autoritaires que la police.» Le wagon siffle. Puis, dans la foulée, il lance: «C'est qui Christiane Brunner?»

A 14 h 30, arrivée à Davos. Les manifestants venus en car et la délégation de l'Alliance d'Olten s'unissent sur un grand parking. Il fait beau, tout le monde est content d'avoir «fait plier les flics». «On voulait nous traiter comme du bétail en nous faisant passer par des portails à Fideris, s'exclame Rémy Pagani, du Syndicat du service public (SSP). On a bien fait de négocier le contrôle dans le train.» A côté de lui, Pierre Vaneck, autre député de l'extrême gauche genevoise, déploie une grande banderole de Solidarités.

Puis, le mégaphone annonce en italien que le deuxième train est bloqué à Fideris. Stupeur. Les manifestants qui ont convergé dans la vallée grisonne sont maintenant divisés en trois groupes. A cause de l'intransigeance de certains membres de l'Alliance d'Olten, cette division affaiblit le mouvement. Les injures fusent. «Polizia, va fan culo», scande un groupe près de la tente d'acceuil.

Pendant ce temps à Davos, un millier de manifestants décident de se diriger vers l'Hôtel de Ville pour rendre au maire l'autorisation de manifester. Pour démontrer qu'ils n'ont pas obtenu ce qu'ils voulaient de la police, ils se dirigent vers la place centrale de la station en marchant à reculons. Le temps est glacial. Les slogans partent dans tous les sens. On est contre la police (le fameux CRS-SS retentit), la mondialisation, la guerre. Et contre le WEF bien sûr.

Devant la Salle des congrès, où sont barricadés les participants au Forum de Davos, l'intensité redouble. La tentative d'une manifestante aux cheveux gris de calmer les ardeurs d'un Tessinois très déterminé échoue. Des boules de neige sont lancées en direction des policiers et des drapeaux américains brûlés. Finalement, le cortège repart vers l'hôtel de ville où il trouve porte close avant de revenir tranquillement à la gare. Direction: la maison pour certains, Berne pour d'autres. A Davos au moins, la police respire.