L’ingénieur vaudois coupable d’avoir étranglé sa femme, mère de leur bébé de trois mois, a été condamné vendredi à 14 ans de prison pour meurtre par le Tribunal criminel d’Yverdon-les-Bains. Les juges ont écarté tant l’assassinat plaidé par le procureur que le meurtre passionnel plaidé par la défense, mais ils ont admis comme crédible la version des faits présentée par le mari meurtrier pour ce qui s’est passé, sans témoins, dans la villa familiale d’Assens (VD), dans la nuit du 28 octobre 2012 (LT des 17 et 18/2/2015).

Le condamné, qui occupait au moment des faits un poste de cadre dans l’administration lausannoise, ne présente pas l’absence d’humanité et d’affect qui l’aurait amené froidement à tuer son épouse, a expliqué le tribunal. La cour rejette ainsi l’argumentation du Ministère public, qui avait requis une peine de 18 ans.

Le contexte conjugal, la chronologie de faits et la personnalité de Thierry G. ne permettent pas d’y voir un stratège machiavélique et pervers ayant tué sans élément déclencheur. Les juges ont admis également que le meurtrier n’avait pas fourni une version édulcorée, les détails accablants sur la nuit fatale ayant été fournis par lui-même. L’explication de son comportement après le meurtre – il a gardé le silence durant six semaines après avoir sommairement enseveli dans les bois le cadavre de son épouse – est également crédible pour la cour.

Pour autant, il est tout aussi évident pour les juges qu’il ne s’agit pas d’un meurtre passionnel. L’auteur ne se trouvait pas dans la situation dramatique injuste qui peut justifier une telle qualification, moins sévèrement punie. «La culpabilité de l’accusé est extrêmement lourde, a souligné la président du tribunal, Véronique Pittet. Il a privé de sa mère un fils, qui n’aura pas de souvenir affectif de celle-ci.» Le père ayant abandonné le bébé à lui-même durant dix à quatorze heures, après le meurtre, les juges ont retenu l’accusation de violation des devoirs paternels, qui a entraîné une mise en danger de l’enfant. Comme éléments à décharge ont été pris en compte les regrets exprimés, la conscience de la gravité des actes commis ainsi que l’offre de dédommagement aux parties civiles, rejetée par celles-ci.

Sur ce point, les juges ont revu fortement à la baisse les prétentions émises par les parents et les frères et sœurs de la victime. La soeur jumelle, qui entretenait avec la victime une relation fusionnelle, se voit reconnaître 30 000 francs pour mort moral, de même que chacun des parents. Les autres frère et sœur doivent se contenter de 10 000 francs. Un montant de 50 000 francs pour tort moral a été accordé au bébé du couple. Ces décisions, qui peuvent être contestées devant la justice civile, sont généreuses au regard de la jurisprudence, a assuré la cour.

Le procureur Donovan Tesaury s’est réservé la possibilité de faire appel sur la qualification du crime après la lecture des considérants. «Je reste convaincue qu’il s’agit d’un meurtre passionnel, a commenté l’avocate du meurtrier, Me Manuela Ryter, mais le tribunal a retenu la vérité et c’est l’essentiel pour mon client.»