Samuel Schmid annoncera-t-il sa démission aujourd'hui, à l'issue de la séance du Conseil fédéral? A Berne, on continue certes à spéculer sur un éventuel départ du ministre de la Défense. Mais la pression sur le conseiller fédéral bourgeois-démocrate s'est relâchée. Si le scénario d'une annonce reste tout à fait plausible, la crise financière semble apporter du répit au Bernois, en détournant l'attention générale de ses déboires.

En apparence, tout au moins. Les propos tenus par le président des radicaux Fulvio Pelli, pourtant favorable à un renouvellement du gouvernement, ont notamment contribué à brouiller les esprits. Le Tessinois, que l'on savait en contact étroit avec Samuel Schmid ces dernières semaines, a en effet déclaré à la SonntagsZeitung qu'en période de crise financière, le départ d'un ministre, sous-entendu celui du Bernois, serait «irresponsable». Hans-Rudolf Merz étant déjà absent, précise encore Fulvio Pelli au Temps, «le gouvernement doit se montrer solide et présent. L'éventuel départ de Samuel Schmid est donc secondaire. On en rediscutera une fois la crise passée.»

Et le conseiller national radical n'est pas le seul à s'exprimer de la sorte. Le chef du groupe PDC aux Chambres Urs Schwaller, ou le président des démocrates-chrétiens Christophe Darbellay ont tenu des propos similaires. Selon certains observateurs, il n'est d'ailleurs pas exclu que Samuel Schmid, dopé par cette accalmie, décide en fin de compte de rester dans le collège...

Un écran de fumée

Mais si cette accalmie n'était qu'une illusion? La crise financière a beau créer un écran de fumée autour des soucis du ministre bourgeois-démocrate, elle ne les fera pas disparaître pour autant. Ainsi, en décembre, le conseiller fédéral devra à nouveau défendre péniblement son programme d'armement au National, menacé par une alliance contre nature gauche-UDC. Et rien ne dit que Samuel Schmid, qui devra d'ici là s'expliquer une énième fois sur l'affaire Nef, soit élu à la vice-présidence du gouvernement par l'Assemblée fédérale (lire ci-dessous). Enfin, le ministre de la Défense, dont la formation PBD ne décolle toujours pas, voit, selon un sondage effectué par Isopublic pour la SonntagsZeitung, sa crédibilité chuter dans l'opinion.

D'autre part, la position de Fulvio Pelli ne fait pas l'unanimité. Y compris dans ses propres rangs: Peter Malama, membre de la commission de politique de sécurité du Conseil national, estime par exemple que «la capacité du Conseil fédéral de résoudre la crise ne dépend pas d'un éventuel départ de Samuel Schmid». Selon le radical bâlois, la pression sur le ministre de la Défense reste d'ailleurs inchangée. Le sénateur Hans Altherr (PRD/AR) renchérit: «C'est à Samuel Schmid de savoir ce qu'il veut. Mais qu'il reste ou non, cela n'a rien à voir avec la crise financière.»

Même son de cloche du côté du conseiller aux Etats socialiste Alain Berset. «Tout le monde s'accorde à dire que malgré l'absence du ministre des Finances Hans-Rudolf Merz, le gouvernement peut travailler à résoudre la crise. Alors pourquoi tout s'effondrerait si Samuel Schmid, pourtant le conseiller fédéral le moins concerné par le dossier, s'en va?» s'interroge le Fribourgeois.

Pour Alain Berset, les difficultés du ministre à gérer son département, de même que sa crédibilité entachée suite à l'affaire Nef, ne risquent donc pas de disparaître. «En fait, la crise des marchés lui permettrait justement d'annoncer sa démission quand l'attention est détournée», conclut le socialiste.

«Pas de raison de le chasser»

D'autant que l'UDC n'adoucit pas, pour sa part, ses propos à l'égard de son ancien ministre. Même si, à l'interne du parti, certains membres se veulent plus modérés. A l'instar du vice-président des démocrates du centre, Yvan Perrin, selon lequel «la situation autour de Samuel Schmid va se tasser». S'il reste favorable pour l'heure à une démission du conseiller fédéral PBD, le Neuchâtelois ne voit d'ailleurs «pas de raison de le chasser, si d'aventure il va dans la bonne direction». Et pour Yvan Perrin, la décision de Samuel Schmid de suspendre dernièrement la garde avec arme chargée, de même que sa prise de contact avec les cantons concernant le bruit des avions vont justement dans le bon sens. Or le député le dit lui-même: «Ma position reste minoritaire.»

Accalmie illusoire? Si de nombreux observateurs ne croient pas à une annonce de démission, ce mercredi, du ministre de la Défense, un départ ne serait à leurs yeux que partie remise.