En critiquant le comportement de Christoph Blocher, Pascal Couchepin n'a guère éveillé d'échos auprès de son propre parti, où personne n'a souhaité reprendre ou prolonger le débat. Le chef du Département de l'intérieur a même rencontré une large incompréhension chez les radicaux alémaniques, tant sur le fond que sur la forme. Le groupe parlementaire, qui siégeait tôt mardi matin sur un tout autre objet, a fait preuve d'un esprit plutôt critique envers son conseiller fédéral, au point que les libéraux, qui en font partie depuis l'automne 2003, ont appelé leurs collègues à ne pas se tromper d'ennemi. Il est vrai que tant Claude Ruey (VD) que Martine Brunschwig Graf (GE) ont une certaine expérience pour ce qui est de se faire tirer dans le dos par leur groupe, notait à cette occasion un esprit caustique.

Les Romands, qui jugeaient tout à fait congrues et d'actualité les questions posées par Pascal Couchepin, auraient été prêts à s'engager dans la controverse. Eux se sont sentis directement concernés par l'attitude de Christoph Blocher le 26 septembre. Au soir d'une votation populaire, la minorité défaite dans les urnes a pris l'habitude d'attendre du conseiller fédéral responsable du dossier au moins une ombre de considération. S'ils n'ont pas été entendus, cela ne ravive pas pour autant les anciennes cicatrices, ni ne met à mal l'unité retrouvée du groupe radical. Le Neuchâtelois Didier Burkhalter s'est chargé de rebondir en déposant une initiative parlementaire proposant d'ajouter à la loi sur l'organisation du gouvernement et de l'administration (LOGA) un alinéa stipulant que le Conseil fédéral «s'engage activement dans le cadre de l'information relative aux objets soumis à votation fédérale» et qu'il y «défend la position des autorités fédérales de manière claire et objective». Didier Burkhalter précise toutefois avoir préparé son intervention avant le 26 septembre et avoir été plutôt inspiré par le débat à l'émission Arena où Christoph Blocher représentait le Conseil fédéral et Ueli Maurer l'opposition.

L'attitude du groupe radical met une nouvelle fois en évidence le retard pris par le PRD – cela vaut aussi pour le PDC et le PS – dans l'organisation d'un parti national moderne, performant et réactif. Les radicaux se sont plaints de ne pas avoir été mis au courant et d'avoir pris connaissance de la démarche de Pascal Couchepin dans la presse. Le secrétariat du parti avait bien été mis au courant vendredi du contenu de l'interview, mais peut-on pour autant parler d'une stratégie de communication et d'une politique concertée entre les différents échelons du parti? L'UDC est bien plus efficacement organisée et en a offert la démonstration dans la journée même de mardi. Les amis de Christoph Blocher on en effet repris à leur compte le débat refusé par les radicaux.

S'agissant de la chaîne de commandement, de l'intoxication de l'opinion et de l'exploitation de la percée, l'UDC est organisée avec une précision militaire. Dans la matinée, c'est Christoph Blocher lui-même qui publiait un communiqué pour se féliciter de l'ouverture d'un débat «au sujet de notre conception de l'Etat et du rapport entre le peuple, le parlement et le Conseil fédéral». Le chef du Département de justice et police s'y disait «satisfait que soit reconnue la nécessité d'un débat approfondi sur la démocratie suisse». Il y affirmait sa conviction que «la controverse politique de la semaine dernière sur notre conception de l'Etat est un bienfait pour le pays». Cela ne signifiait nullement que Christoph Blocher entendait s'impliquer lui-même dans le débat. Le parti s'en chargeait lui-même dès le début de l'après-midi. L'UDC annonçait en effet le dépôt d'une interpellation pour «connaître la position du Conseil fédéral concernant ces déclarations [celles de Pascal Couchepin] hostiles à la démocratie». Le Conseil fédéral considère-t-il, s'interroge notamment l'UDC, que les décisions prises à la majorité sont contraires à l'Etat de droit?

Si certains Romands disent qu'ils ne voteraient plus aujourd'hui pour Christoph Blocher, la question va commencer à se poser également à propos de Hans-Rudolf Merz. La situation du parti, entendait-on mardi, ne serait-elle pas meilleure si Pascal Couchepin avait pour coéquipier au Conseil fédéral une Christine Beerli ou un Franz Steinegger? Hans-Rudolf Merz, qui donnait toutes les garanties idéologiques lors de son élection, donne avant tout aujourd'hui des soucis à son département et à son parti, tant il paraît peu fait pour être conseiller fédéral.