«Toutes ces gesticulations sont de trop.» David Bagnoud, le président de Lens, ne peut pas se réjouir complètement de l’accord trouvé avec Radovan Vitek concernant la crise qui secoue la station de Crans-Montana. Depuis l’annonce vendredi du rachat par le milliardaire tchèque de CMA Immobilier, la société au cœur du litige, l’affaire a pris une tournure politique.

Sur la photo qui illustre l’article paru samedi dans Le Nouvelliste pour dévoiler la décision de l’actionnaire majoritaire des remontées mécaniques (CMA), il y a un grand absent: Nicolas Féraud. Le président libéral-radical de Crans-Montana n’a pas été convié à ce point presse organisé spécialement pour le quotidien valaisan. Et la pilule n’est pas passée.

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Le PDC en ligne de mire

Nicolas Féraud, qui nous a déclaré n’avoir rien de nouveau à dire, s’insurge dans les médias valaisans contre «la gifle monumentale lancée à la figure de la démocratie» et dénonce une affaire «clairement politique». «Le plus ahurissant dans cette histoire, c’est l’énergie dépensée et les forces déployées par un parti pour étouffer ce que d’aucuns veulent considérer comme une banale affaire, alors qu’il y a de forts soupçons d’infraction pénale», déclare-t-il. Dans sa ligne de mire, le PDC.

Trois démocrates-chrétiens entourent Radovan Vitek sur la photo publiée par Le Nouvelliste: le conseiller d’Etat Christophe Darbellay, qui a joué le rôle de médiateur dans cette affaire, Laurent Bagnoud, le représentant des communes au sein du conseil d’administration de CMA, et David Bagnoud. Ce dernier s’exaspère: «Ce n’est pas notre faute si les gens qui œuvrent dans le bon sens sont des démocrates-chrétiens.»

Objectif atteint pour les communes

Le président de Lens explique que les PDC ont beaucoup travaillé dans la discrétion et ont offert une oreille attentive à Radovan Vitek pour arriver à cette solution. «L’objectif des trois communes du Haut-Plateau a toujours été de corriger la surévaluation de CMA Immobilier lors de son achat par CMA en décembre 2016, souligne-t-il. Nous y sommes arrivés. C’est une victoire des trois communes, même si Nicolas Féraud n’est pas sur la photo.»

Reste que la commune de Crans-Montana, qui détient 8,1% des parts de CMA contre 2,8% pour Lens et 0,2% pour Icogne, a été écartée de ce qui pourrait être le dénouement de la crise. Nicolas Féraud dit même avoir été évincé des négociations. «C’est faux, rétorque Martial Kamerzin, le président d’Icogne membre de l’Entente communale. Il n’y a eu aucune négociation de dernière minute vendredi passé, seulement l’annonce de Radovan Vitek.»

Cette décision unilatérale du milliardaire tchèque est le fruit d’un travail acharné mené par un groupe composé notamment des présidents des trois communes du Haut-Plateau et de Laurent Bagnoud. «Ce groupe a vu le jour il y a trois ou quatre mois, détaille David Bagnoud. Ses membres ont pris part aux nombreuses séances de négociations avec l’actionnaire majoritaire de CMA. Nicolas Féraud y a toujours participé», insiste-t-il.

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Guerre de personnes

Pour David Bagnoud et Martial Kamerzin, l’absence de Nicolas Féraud, vendredi passé, est liée à sa relation avec le milliardaire tchèque. «Il y a une guéguerre entre eux», note le président d’Icogne. Dans une interview accordée au Temps ce dimanche, Radovan Vitek expliquait qu’il n’avait des problèmes qu’avec deux des 21 conseillers communaux du Haut-Plateau. Nicolas Féraud, dont «la raison d’être est la guerre avec CMA», selon Radovan Vitek, en fait partie.

Ce lundi, le Tchèque est passé de la parole aux actes. Il a officialisé son offre de rachat par écrit à CMA, qui l’a d’ores et déjà acceptée. «Les communes attendent désormais l’acte de vente officiel pour définitivement tourner la page», précise David Bagnoud. Ces dernières avaient promis d’actionner la justice civile si elles n’obtenaient pas de réparation.