Les Suisses seront-ils les premiers à secourir un Kosovo exsangue? C'est en tout cas l'espoir que caresse le chef de la Direction du développement et de la coopération (DDC), Walter Fust. Ce dernier s'est envolé avec un collaborateur samedi pour Belgrade afin de négocier une aide humanitaire pour la région, a révélé la SonntagsZeitung. Faisant valoir sa neutralité, la Suisse pourrait notamment proposer d'ériger un corridor humanitaire dans les zones les plus touchées.

Il ne s'agit pas uniquement d'aider le Kosovo, précise d'emblée le porte-parole de la DDC, Andreas Stuber, mais l'ensemble des réfugiés de la République fédérale de Yougoslavie (RFY), Serbie et Monténégro inclus. «Nous entendons aussi prêter main-forte aux Serbes qui ont fui le Kosovo.» Mais, de fait, c'est avant tout le Kosovo qui est visé, cette province ayant été désertée par le HCR et le CICR pour des raisons de sécurité.

Le retour de Walter Fust dépendra de l'issue de ses pourparlers avec de hauts fonctionnaires du régime de Milosevic. Il cherche avant tout à obtenir des garanties afin d'assurer la sécurité d'une éventuelle mission helvétique au Kosovo, précise Andreas Stuber. Tandis que la Suisse assure une présence minimale en Serbie et au Monténégro, avec dans chacune de ces deux républiques deux représentants du Corps suisse d'aide en cas de catastrophe (ASC), elle n'est pas présente à Pristina.

Le voyage de Walter Fust en RFY a été préparé la semaine dernière, grâce à la médiation de l'ambassade suisse à Belgrade, l'une des rares représentations occidentales encore ouvertes. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n'a pas été averti de ce voyage, selon son porte-parole à Genève. Mais Andreas Stuber assure que les contacts avec le HCR et le CICR sont permanents.

En tablant sur sa neutralité, la Suisse parviendra-t-elle à offrir ses bons offices? Rien n'est moins sûr. D'autant que depuis la crise au Kosovo, le gouvernement a montré à quel point la conception traditionnelle de la neutralité suisse était à géométrie variable. Ainsi s'est-il clairement rangé du côté de l'Alliance atlantique, tout en refusant à ses avions le survol du territoire helvétique. Poussé par la crise dans les Balkans, le Conseil fédéral va devoir redéfinir ce concept. Une première discussion doit avoir lieu ce lundi sur la base d'un rapport de Paul Seger, chef de la section du droit international public au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

A en croire la SonntagsZeitung, ce document propose une interprétation large de la neutralité en plaidant pour une «neutralité participative». Mais il n'est pas question d'adhérer à une quelconque alliance, l'OTAN par exemple. A l'occasion du cinquantenaire de l'Association suisse des sergents-majors, le ministre de la Défense a aussi répété, samedi à Bienne, que la neutralité laisse une marge de manœuvre suffisante, notamment pour l'envoi de troupes armées dans le cadre d'opérations de maintien de la paix. Le conseiller fédéral Adolf Ogi a ainsi rappelé que d'autres pays neutres, comme la Suède, la Finlande et l'Autriche, montrent qu'il est possible de s'engager davantage. Et d'annoncer que la nouvelle politique de sécurité helvétique – qui doit faire l'objet du très attendu rapport de l'ambassadeur Thalmann – devra tenir compte du fait que la guerre est de retour en Europe.

Une chose est sûre: la Suisse se doit très rapidement de clarifier certaines questions. Il en va ainsi de l'acheminement d'armes vers des pays de l'OTAN (une décision est attendue ce lundi). Berne devra aussi dire si elle continue à autoriser sur son sol le recrutement de membres de l'Armée de libération du Kosovo (UÇK). Une plainte du Comité pour la paix en Yougoslavie, basé à Saint-Cergue (VD), a été adressée au Ministère public de la Confédération. Elle demande l'ouverture de poursuites pénales contre l'UÇK pour atteinte à l'indépendance de la Confédération.