Le scandale qui ébranle la RTS prend de l’ampleur. Ce mercredi, c’est au tour du chef de l’actualité TV, Bernard Rappaz, de se mettre en retrait. Dans un communiqué, le service public romand a indiqué que la décision avait été prise «pour assurer la bonne marche de la rédaction le temps de l’enquête».

Annoncée la semaine dernière, cette investigation – qui doit encore prendre forme – fait suite aux révélations du Temps concernant de graves dysfonctionnements au sein de la télévision romande. Doutant de la probité du processus, un groupe d’employés récolte cependant des signatures demandant l’intervention directe de Simonetta Sommaruga. Retour sur dix jours de crise sans issue visible.

«Diligence et fermeté»

Le mois de novembre est tendu à la RTS, qui n’avait pas anticipé un tel mécontentement de la part de ses troupes. Le samedi 31 octobre, Pascal Crittin, son directeur, envoie un mail à l’interne affirmant que «les cas portés à la connaissance de la direction sont toujours traités avec diligence et fermeté». Pour être immédiatement contredit par le Syndicat suisse des mass media (SSM). Un grand nombre d’employés s’insurgent également contre la relativisation de leur chef. Le début d’une vague.

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Le lendemain, celui-ci revient sur ses propos: «Avec le recul, nous constatons un dysfonctionnement important», concède-t-il. Il annonce que «les dossiers qui le méritent seront rouverts» et qu’une «enquête externe» sera lancée. Sans calmer la vindicte de ses subalternes: une pétition interne récolte 800 signatures (sur 1500 employés) pour exiger des comptes au sujet de «Robert» et «Georges», cadres au comportement problématique mentionnés dans notre enquête. La boîte mail du Temps reçoit également de nombreux messages indignés.

Premières suspensions

Le mardi 3 novembre, ces deux derniers sont suspendus – «le temps de l’enquête». Le jour d’avant, le collectif grève des femmes accompagné d’employés du service public manifestait sa colère au pied de la tour de la RTS. Dans un nouveau message interne envoyé le 4 novembre à tous les collaborateurs de la SSR, son directeur (et ancien directeur de la RTS de 2001 à 2017) Gilles Marchand fait alors acte de contrition: «Je regrette que des cas n’aient pas été traités de manière plus consciencieuse au moment donné.» Le Genevois reconnaît par ailleurs une «coresponsabilité» et s’exprime sur la question devant des parlementaires, dont l’action pourrait prochainement s’inviter dans l’affaire.

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En attendant ce mercredi la crise atteint un nouveau pic: Bernard Rappaz se «retire». Proche des deux cadres suspendus, le nom du chef de l’actualité circulait depuis longtemps parmi ceux dont le siège vacillait suite aux révélations du 31 octobre. Jointe par Le Temps, la RTS ne commente pas ce départ temporaire. Sa communication indique toutefois qu’il n’est «pas exclu que d’autres personnes demandent à être mises en retrait de leurs activités professionnelles ou qu’il leur soit demandé de se retirer selon l’évolution de l’enquête». Le calendrier que prendra celle-ci n’est pas encore connu. Le SSM a indiqué qu’il espérait «que les choses aillent vite».

La confiance est rompue

Sans commenter le cas de Bernard Rappaz, le président du SSM genevois, Alexandre Madrigali, paraît méfiant: «Nous allons rester très attentifs aux suites de l’enquête externe, dit-il. Le SSM ne se laissera pas endormir.» La confiance paraît également fine – voire rompue – parmi certains employés: «On nous propose des enquêtes menées par des organismes externes mais le passé l’a démontré, ça n’a pas marché», s’inquiètent une partie d’entre eux dans une lettre destinée à être remise à la présidente de la Confédération, dont le département s’occupe notamment du service public. Avec cet appel: «Nous craignons que la chaîne de responsabilités qui a permis à ces dysfonctionnements de perdurer une vingtaine d’années ne se répète indéfiniment. Madame la présidente, nous avons besoin de votre aide.»