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Michèle Ulrich aux Rousses, mars 2017. Le muret fait la frontière: à gauche, la Suisse, à droite, la France 
© David Wagnières

Jura Vaudois

En crise, une station de ski suisse accueille les Français en sauveurs

Déficitaire depuis des années, la station vaudoise de La Dôle s'en remet à sa voisine des Rousses pour exploiter ses installations. Les salaires sont désormais versés en euros. Un système de rotation des employés doit gommer les disparités de revenus entre les deux côtés de la frontière

Pierre Graber, le syndic de Saint-Cergue, dans le canton de Vaud, n'éprouve aucun état d'âme: «Aux râleurs qui nous disent que l'on se vend à la France, je réponds que je suis ébahi par le dynamisme de nos voisins et qu'ils vont nous sauver. Ce morceau de Jura se meurt, nos hôtels périclitent. La France va donner de l'argent mais aussi insuffler son énergie.»

Depuis le début de la saison, les stations des Rousses en France et de la Dôle en Suisse sont communément administrées par la Sogestar (Société de gestion de la station des Rousses, créée en 2002). C'est une première. Certes aux Portes du Soleil, Châtel (Haute-Savoie) et Torgon (Valais) se sont aussi rapprochés, mais les personnels de part et d'autre ne travaillent pas ensemble et n'ont pas, par exemple, la même tenue et les mêmes salaires.

«Chez nous, les saisonniers portent désormais tous les mêmes couleurs, ils travaillent tant sur les pistes suisses que françaises et sont tous payés en euro» indique Michèle Ulrich, la directrice de la Sogestar.

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Des millions aux Alpes, rien au Jura

Pourquoi le massif transfrontalier des Tuffes, de La Serra, du Noirmont et de La Dôle n'en forme-t-il désormais plus qu'un, sous exploitation française? Géré jusque là par Télé-Dôle, le domaine suisse a accusé ces dernières saisons des déficits par la faute d'un faible enneigement et d'une chute de la fréquentation. Les recettes ne couvraient plus les frais de fonctionnement. «C'est aussi parce que le canton accorde des millions aux Alpes vaudoises et rien au Jura. La France, elle, ne lésine pas et en plus des fonds européens sont injectés», enchérit Pierre Graber.

Il fallait jouer gagnant-gagnant et ce fut âpre

Michèle Ulrich, directrice de Sogestar

Télé-Dôle s'est en conséquence tournée vers la Sogestar pour sortir de son marasme. Les vis-à-vis se connaissent bien, s'estiment, partagent un amour semblable pour leurs monts qui tant en hiver qu'en été drainent un public parisien, lyonnais, vaudois, genevois.

«Nous avons étudié pendant deux ans la faisabilité d'un rapprochement avant de tomber d'accord en fin d'année dernière. Il fallait jouer gagnant-gagnant et ce fut âpre», souligne Michèle Ulrich. La France va tenter de redresser les finances suisses tandis que sa voisine, qui demeure propriétaire du site, a accepté de lui céder l'exploitation de ses 19 pistes et 12 remontées mécaniques (14 pistes et 12 remontées du côté français).

A propos de ski: Le ski suisse n’est pas si cher qu’il n'en a l’air

Le casse-tête des salaires binationaux

Premier geste: Les Rousses se sont engagées à installer un nouveau télésiège qui va relier les deux domaines. Coût: 10,5 millions d'euros, tandis que les Vaudois financeront la construction d'un bâtiment et d'un parking à hauteur de 4,5 millions de francs.

Mais là ne fut pas le plus gros souci des uns et des autres. La nouvelle grille salariale, elle, a été un casse-tête. Michèle Ulrich explique: «Je voulais avant tout la paix sociale. Nos 200 employés de pleine saison, des saisonniers français essentiellement, partagent un même travail, un même espace, les mêmes restaurants, les mêmes fêtes de fin d'année. Aucune disparité salariale dans ce nouveau contexte ne doit apparaître».

Tout le monde est payé dorénavant en euros et un tournus est appliqué, le salarié étant posté tour à tour sur une piste suisse puis française. Michèle Ulrich poursuit: «Par souci d'équité, les pisteurs, les dameurs et les conducteurs doivent effectuer 18% de leur temps de travail sur sol suisse pour profiter d'un salaire horaire plus élevé. Le salaire le plus bas pratiqué en France étant de 10,70 euros l'heure, il a fallu le majorer de 43 % pour atteindre le plus bas en Suisse, soit 17 CHF». Un savant calcul qui en égare certains et ne convainc pas tout le monde. Le quotidien nyonnais La Côte a récemment fait part du mécontentement de deux employés qui jugent que leurs paies ont fondu.

Moins de contraintes en Suisse

Par ailleurs, les lois régissant le travail en Suisse sont aux antipodes des françaises. La responsable de la Sogestar tente, sinon de les contourner, au moins de s'en accommoder. Exemple: les stations françaises sont contraintes à embaucher les saisonniers le premier lundi du mois de janvier même si l'enneigement est faible, tandis qu'en Suisse, le recrutement ne s'effectue que lorsque les pistes sont praticables.

Autre différence: les grandes stations françaises pensionnent les petites en cas d'absence de neige, une pratique inconnue en Suisse. «Par ailleurs, pointe Michèle Ulrich, une simplification des passages en douane s'impose, un technicien qui s'en va réparer une installation en Suisse doit pouvoir passer son matériel sans avoir à signer des tonnes de papier».

Sur les 35 heures de travail réglementaires en France, il a fallu aussi composer. En France, les contrats sont passés sur une base moyenne de 35 heures, mais un salarié peut travailler jusque 45 heures lors des pics d'activité. Ce qui permet d'atténuer la différence avec les 42 heures hebdomadaires usuelles en Suisse.

Les Rousses ont démontré cet hiver leur efficacité. Leurs canons à neige ont fonctionné, de notre côté nous n'en avons pas

Pierre Graber, syndic de Saint-Cergue

Le syndic de Saint-Cergue juge que tous les tracas administratifs et légaux seront très vite aplanis. «Les Rousses ont démontré cet hiver leur efficacité. Leurs canons à neige ont fonctionné, de notre côté nous n'en avons pas. Et déjà ils stockent la neige qui n'a pas encore fondu. Des isolants vont la conserver jusqu'au prochain hiver.» Dithyrambique, Pierre Graber salue la prouesse des Rousses qui le 8 juillet sera ville étape du Tour de France : «Voilà ce que j'appelle une politique de promotion. Nous, nous verrons passer le Tour du pays de Vaud.»

Et à ceux qui déjà parlent «d'annexion française», le syndic argue : «Il y a cent ans, Télé-Dôle a été fondée par les villes de Nyon, Saint-Cergue, Morez en France et la compagnie des chemins de fer. Nos ancêtres étaient déjà acquis au fait que Français et Suisses devaient collaborer.»

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