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Crise de vocations politiques (2). Casse-tête à Moudon: personne ne brigue le septième siège de la municipalité

Si elle est parvenue à sauver les apparences pour l'élection au Conseil communal, la ville broyarde souffre d'un problème de relève: la génération des moins de 25 ans est totalement absente du combat politique.

L'Hôtel de Ville de Moudon porte beau, avec ses dimensions généreuses et sa cage d'escalier monumentale. Mais ce cadre est devenu trop grand pour une vie politique qui se ratatine. Lors de la prochaine législature, le nombre de sièges au Conseil communal sera réduit de 65 à 55, le minimum prévu par la loi pour une localité de cette importance (4500 habitants).

La ville a ainsi anticipé sur la pénurie des candidats, ce qui lui permet, pour l'élection du Conseil du moins, de sauver les apparences. Ce n'est pas le cas pour la municipalité: six candidats seulement pour sept sièges. Les partis ont beau assurer que certains se sont tapis dans l'ombre en attendant le second tour, la démocratie n'y trouve pas son compte pour autant.

Tout en déplorant «une période d'égoïsme où chacun s'attache plus à ses droits qu'à ses devoirs», le syndic radical Gilbert Gubler note aussi que la fonction est toujours plus ardue, demande toujours plus de disponibilité: «Les dossiers sont complexes, l'Etat ne nous laisse aucun répit.» Les autorités tiennent également à maintenir la proximité avec la vie associative: les municipaux accomplissent pas moins de 700 actes de représentation par an. Alors, toute réflexion faite, la municipalité n'a pas été réduite à cinq membres: «Ce serait encore plus de boulot pour ceux qui restent, à sept nous ne sommes pas de trop.»

Le syndic Gubler a beau être généralement considéré à Moudon comme un homme dynamique et d'ouverture, cela ne suffit pas à créer un effet d'entraînement des vocations. Les libéraux renoncent à présenter un candidat à l'exécutif, alors qu'ils y seraient légitimés. Bernard Steck, chef d'entreprise et président du parti: «Si je prenais la place de municipal, je devrais engager quelqu'un pour me seconder et je ne vois pas comment je ferais.»

Il se souvient avec nostalgie des élections de 1985, où les candidats se pressaient encore au portillon, mais avoue ne pas connaître la potion magique: «Il faudrait peut-être remettre la politique au milieu du village, en enseignant mieux la démocratie à l'école, en rapprenant l'hymne national, pourquoi pas?»

Comme les autres partis, les socialistes ont dû frapper à toutes les portes pour fabriquer leur liste. A grand-peine, le parti a fini par réunir quinze candidats, dont la moitié de nouveaux. Mais comme les autres, il y a un problème de relève. La génération des moins de 25 ans n'est pratiquement pas représentée. Michel Marguerat, 2e vice-président du Conseil, évoque une difficulté supplémentaire de la gauche: «La majorité est détenue par un groupe de gens proches les uns des autres, nos motions sont systématiquement refusées. Les décisions sont souvent prises avant le Conseil, dans des tractations entre bourgeois. On se demande donc si ça vaut la peine d'y aller.»

Il y a quatre ans, le notaire Christian Golay, membre de l'UDC, avait été élu directement à la municipalité, sans passer par le Conseil. Il se retire après une législature, ce que d'aucuns déplorent. «J'ai beaucoup de respect pour ceux qui restent en place, mais personnellement j'ai le sentiment d'avoir fait le tour de la question», répond-il. Après avoir «beaucoup donné» à la chose publique, comme juge d'instruction militaire et au Tribunal des mineurs, il éprouve le besoin de se recentrer. En partant, il lance une suggestion: pourquoi ne pas confier la gestion des communes à des administrateurs professionnels?

La désaffection des candidats semble un phénomène parallèle à la désaffection des électeurs. Le secrétaire municipal Claude Vauthey est le premier à dire que le «pavé de St-Etienne» en chocolat qui sera offert à chaque 100e électeur le week-end prochain est un remède «artificiel.» Mais la commune se donne ainsi le sentiment de ne pas rester totalement passive face à l'abstentionnisme.

A Moudon, la réalité du débat politique est d'autant plus problématique que plus d'un tiers de la population (37%) en est exclue en raison de sa nationalité étrangère. La proposition d'introduire un vote consultatif des immigrés a été écartée de peu au Conseil.

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