La route est étroite et sans marquage. Elle serpente entre pâturages et sapins, descend vers les brumes qui habillent la vallée du Doubs, jusqu'aux six fermes de Montfavergier. La plus petite des 83 communes du canton du Jura, 34 habitants, 801 mètres d'altitude. «Un autre hameau appartient à la commune: Les Sairains, à 1000 mètres», explique le maire, François Savary, agriculteur de 60 ans, venu s'installer dans les Franches-Montagnes en 1972. Il est aux affaires communales depuis 16 ans, dont quatre en tant que maire.

Atteint dans sa santé, il n'est plus candidat à un nouveau mandat. Mais aucun autre des 22 citoyens de la commune n'a émis d'intérêt pour la fonction. «Pour éviter la tutelle du canton, je pourrais être appelé par mes concitoyens à rester à la tête du conseil», dit François Savary. Qui, s'il devait être réélu, accepterait la charge pour mener sa commune agricole, dépourvue d'école (fermée en 1984 parce qu'elle n'hébergeait plus que trois élèves), de café et de commerce, vers la fusion avec le voisin Saint-Brais. «Et peut-être même avec Montfaucon et Les Enfers», estime-t-il, constatant que les petites communes «n'ont plus d'argent pour réaliser leurs projets». Pour Montfavergier, les projets consistent à terminer les infrastructures d'amenée et d'évacuation de l'eau.

Neuf communes orphelines

Montfavergier est l'une des neuf communes à ne pas avoir de prétendant officiel à la mairie dans le canton. Six se trouvent aux Franches-Montagnes: Soubey, Les Enfers, Montfaucon, Lajoux et Les Genevez. A Lajoux et aux Genevez, l'absence de candidats est une pratique délibérée pour exprimer son indépendance vis-à-vis des contraintes administratives, par stratégie locale à Lajoux, «mais aussi par manque d'intérêt», constate Jean-Claude Rossinelli, enseignant aux Genevez (500 habitants). Une fois de plus, les élections locales y seront «sauvages».

Pourtant, à la veille du scrutin, le maire sortant, Stéphane Rohn, élu sans avoir été candidat il y a deux ans et n'appartenant à aucun parti (il n'y a pas de parti structuré aux Genevez), a fait savoir par le biais d'un tous-ménages qu'il se dévoue pour quatre ans. «Pas facile de s'occuper d'une commune qui ne dispose en réalité que de 5% d'autonomie», concède l'enseignant. Il juge inévitable le rapprochement des Genevez avec le voisin Lajoux, «malgré les survivances de guerre des boutons entre nos villages».

Au Peuchapatte, commune de 40 habitants, pas de souci: l'agriculteur Jean-Philippe Cattin tient les rênes de la mairie depuis 1970. Combattu il y a quatre ans, il a résisté et est réélu tacitement jusqu'en 2008. «Il faut s'engager pour permettre à la commune de faire face», dit-il. Faire face à quoi? «On a les mêmes problèmes que dans toute commune», élude-t-il. Trop petit pour survivre, Le Peuchapatte souhaite fusionner. Il a interrogé ses voisins, notamment Les Bois, mais les fiançailles seront élaborées avec Muriaux. «Oui à la fusion, à condition de continuer à gérer nous-mêmes nos pâturages», précise Jean-Philippe Cattin.

District de 9800 habitants et 19 communes, les Franches-Montagnes constitueront le laboratoire des fusions communales dans le Jura au cours de la prochaine législature. Le canton promet 500 francs par habitant aux communes qui se marient. Saignelégier, Les Pommerats et Goumois montreront la voie, d'autres s'en inspireront. Les élections communales pourraient être les dernières, ce dimanche, à Montfavergier.