Les critiques fusaient de tous les côtés dans la presse alémanique de vendredi. Josef Estermann, le maire socialiste de la Ville de Zurich, est tenu responsable pour avoir dépassé de 11 millions de francs le budget prévu pour la construction du Schiffbau. Celui-ci était de 80 millions de francs initialement. Le nouveau centre culturel, une dépendance du théâtre Schauspielhaus située dans le quartier industriel de Zurich, a ouvert ses portes il y a tout juste six mois.

La nouvelle, annoncée mercredi dans un communiqué du directeur commercial du Schauspielhaus, Marcel Müller, mettait notamment en cause la hausse des prix dans le secteur de la construction ainsi que les informations inexactes fournies par le bureau d'architectes viennois Ortner et Ortner. Celui-ci sous-traite les services d'un autre bureau d'architectes zurichois, Caretta et Weidmann. Marcel Müller n'a pu être joint vendredi.

L'annonce de cette dépense supplémentaire tombe mal pour Josef Estermann, quelques semaines après la salve de critiques que lui avait valu son soutien au financier Marc Rich. Elle contredit également toutes les affirmations que le maire avait tenues jusqu'à présent, selon lesquelles les coûts du Schiffbau étaient parfaitement contrôlés. Thomas Meier, chef de la faction UDC de la Ville de Zurich, interrogé par le Tages-Anzeiger, qualifiait vendredi cette dépense supplémentaire de «scandaleuse». Surtout qu'il ne s'agit pas de la première: la transformation du lieu – d'anciens ateliers de construction navale dans le quartier industriel de Zurich en centre culturel pour créer le Schiffbau – avait à l'origine été estimée à près de 50 millions de francs. Mais en septembre 2000, c'est un centre artistique nettement plus «haut de gamme» qui ouvre ses portes. La construction de deux scènes, d'un club de jazz et d'un restaurant a alourdi un peu plus la facture, qui s'élevait encore récemment à 80 millions de francs. Pour Josef Estermann, qui compte demander un crédit supplémentaire de 2,5 millions de francs à la Ville pour sauver le Schauspielhaus (ses responsables affirment mordicus que celui-ci n'est pas en danger de faillite!), le combat sera rude. Les factions UDC et PRD notamment menacent déjà le maire d'une enquête parlementaire. Mais selon certains observateurs zurichois, cette nouvelle controverse a peu de chance d'entraîner la démission de Josef Estermann. Celui-ci a déjà annoncé qu'il ne renouvellera pas son mandat l'année prochaine, en raison de problèmes de santé. Par ailleurs, les enquêtes parlementaires sont lentes et souvent sans conséquences, selon un porte-parole de l'exécutif de la Ville de Zurich. Mais pour le candidat socialiste au poste de maire Elmar Ledergerber, la tâche s'annonce désormais plus ardue.

Le retard avec lequel cette nouvelle hausse de coûts a été annoncée reste toutefois surprenant. Ellen Ringier, qui siège au conseil d'administration du Schauspielhaus, compare un peu sa situation à celle du conseil d'administration de Swissair. Interrogée par le Blick vendredi, elle reconnaît que les responsables du Schauspielhaus, Marcel Müller inclus, auraient dû réagir plus tôt. Selon certains observateurs zurichois, il est probable que l'affaire se conclue à l'amiable, les responsables du Schauspielhaus n'ayant pas les moyens de recourir à la justice.