Que reste-t-il d'EVM, l'ambitieuse mutation de l'école vaudoise introduite en août 1997? Au terme de l'étude commandée et rendue publique hier à Lausanne par l'Association vaudoise des maîtres secondaires (SVMS, forte de 900 membres), la réponse est: «Pas grand-chose». Assistante en sociologie du travail à l'Université de Lausanne, Sabine Masson était partie pour mettre en évidence la pénibilité du travail des maîtres secondaires. Dix-sept entretiens plus tard, c'est un vrai réquisitoire contre EVM qui jaillit des réponses des interviewés.

Le sentiment des maîtres est d'être confronté à une réforme inapplicable. «Ils sont déstabilisés par le profond écart qui existe entre les exigences du Département et les possibilités de les mettre en œuvre» résume Sabine Masson. Le manque de moyens, le sureffectif des classes sont les premières critiques formulées, mais elles ne sont pas les seules. C'est tout l'esprit d'une réforme perçue comme développant au cœur du service public une «logique de performance et de satisfaction de la demande» qui est mis en cause. Les maîtres secondaires dénoncent l'approche très utilitariste d'EVM: «Notre but de maîtres secondaires, formés à l'Université, est de développer l'esprit critique de nos élèves» lance Didier Jacottet, vice-président de la SVMS. Autres reproches, le décalage entre la réalité du terrain et le discours abstrait d'EVM, ainsi que son verbiage: «On réforme en surface, EVM représente une certaine forme de démagogie» relève l'étude. Le constat est accablant, mais n'empêche pas la SVMS de continuer à soutenir EVM: «La structure et ses principes pédagogiques sont bons, insiste le président de l'association, André Brasey, très soucieux de ne pas être pris pour un opposant au changement. Ce qui manque, ce sont les moyens.» Les revendications des maîtres secondaires universitaires vont toutefois au-delà de la baisse des effectifs des classes, et s'étendent à l'allégement des contraintes administratives, et à une plus grande participation dans l'application d'une mutation perçue comme «imposée d'en haut».

Ce rapport sort à la veille d'une échéance cruciale pour la SVMS. Ses membres se détermineront ce soir sur la conduite à tenir dans le cadre de la négociation sur le statut des fonctionnaires. Le comité recommande la grève. L. B.