Quand la critique de l’islam sert de ciment à l’UDC

Valais Pierre Cassen est l’invité du parti

L’assemblée générale de l’UDC du district de Sion commence par l’hymne national. La cinquantaine de membres présents se lève et chante timidement les paroles projetées contre le mur. L’orchestre grésillant est coupé avant la fin de la dernière note. L’événement de cette assemblée n’est pas la nomination des candidats du district au conseil national, mais la présence du Français Pierre Cassen, cofondateur du site Riposte Laïque en France. Ce dernier a été condamné en 2012 pour incitation à la haine raciale suite à la publication d’éditoriaux attaquant les musulmans, «de nature à inspirer la peur, le rejet et l’exclusion, voire la violence», selon le jugement. Jeudi soir, il doit donner une conférence intitulée «l’islam: un danger pour nos démocraties?».

En attendant l’heure de la conférence, la section donne le ton. «Notre démocratie est en danger, c’est pourquoi nous proposons ce soir des combattants qui défendront notre démocratie directe», dit Eric Baldini, responsable de la section. «Nous nous battrons et ainsi nous pourrons manger, non pas le sanglier, mais le cochon au soir des élections», poursuit-il au terme d’une allégorie des aventures d’Astérix. Les allusions au fait de manger du porc sont courantes parmi les membres de l’UDC valaisanne, notamment sur les réseaux sociaux. Des allusions souvent explicitement lancées en rapport avec les musulmans. «Ce sont des déclarations qui servent surtout à souder les membres du parti et à maintenir leur motivation», dit au Temps l’un des dirigeants du parti. Ainsi, la soirée se conclura par un apéritif «saucisson-pinard».

«Déluge de bombes sous la houlette de Pierre Cassen», affiche l’écran géant pour annoncer le conférencier. «Entre Riposte laïque et la Suisse, c’est une histoire d’amour depuis votre vote contre les minarets», commence-t-il. «Vous étiez les héros des Assises sur l’islamisation de nos pays. Vous le savez, aujourd’hui notre site est basé en Suisse parce que votre législation est un peu moins répressive que la française et que cela complique les interventions juridiques. L’Islam est l’extrême droite du XXIe siècle, mais quand nous le disons, nous sommes menacés physiquement», dit-il.

Il avance ensuite plusieurs arguments visant à prouver que l’Islam n’est pas une religion, mais un projet politique totalitaire. «Le message de Mahomet est: combattez tout ce qui n’est pas musulman. Si nous parvenons à faire entendre que l’Islam n’est pas une religion, alors il sera plus facile de prendre des mesures pour s’en prémunir et de nous débarrasser de ceux qui veulent islamiser nos sociétés.» Selon lui, il y a toujours plus de voiles, toujours plus de mosquées, toujours plus de viandes halal en France. «On essaie de nous dire qu’il existe un Islam modéré, mais ce n’est le cas que s’ils ont renoncé aux préceptes de l’Islam. En France, nous avons une épidémie de coups de couteau à la gorge. Je ne vais pas vous faire un dessin de qui frappe à la gorge: égorger les infidèles fait partie des sourates qui sont enseignées dans les mosquées.» Il recommande un article de Marine Le Pen, comptant les nouveaux venus et le nombre de chômeurs en France. «L’immigration augmente les risques d’islamisation de la France», dit-il. Puis, le Bloc identitaire prônant la «remigration» vers les pays du Maghreb.

L’assemblée renchérit au terme de son intervention. «A l’aéroport de Sion, nous devons désormais prévoir des tapis de prière», raconte Cyrille Fauchère, conseiller communal, co-président de l’UDC et candidat du district au conseil national. «Pierre Cassen, nous avons une surprise pour vous, valaisanne mais pas musulmane», dit l’animateur de l’assemblée en offrant un carton de vin à l’orateur.

Oskar Freysinger avait invité le député néerlandais Geert Wilders en juin 2011. Ce dernier était sous le coup d’un jugement pour incitation à la haine raciale et à la discrimination envers les musulmans. Pour des raisons de sécurité, la commune avait, au dernier moment, refusé de mettre des locaux à disposition pour cette rencontre. Trois ans plus tard, Oskar Freysinger n’est plus seulement conseiller national, mais aussi conseiller d’Etat en charge de l’école, de l’intégration et de la sécurité. Et personne en Valais n’a remis l’invitation de Pierre Cassen en question. La réunion du parti avait lieu dans la salle de gymnastique d’une école de Savièse.