Le Groupe Mutuel est un phénomène dans l'assurance maladie. Avec l'arrivée dans son giron, annoncée la semaine dernière, de la caisse zurichoise Panorama, le conglomérat valaisan poursuit son irrésistible expansion, faisant pour la première fois main basse sur une caisse basée outre-Sarine. En une décennie, le groupe aura triplé sa taille, chapeautant désormais plus de 600 000 assurés répartis dans 17 caisses, ce qui en fait le nouveau numéro trois en Suisse.

Cette croissance forcenée lui vaut depuis des années de solides inimitiés en Suisse alémanique, où des concurrents lui reprochent de s'étendre sur leur dos en recourant à des pratiques déloyales. Sans citer nommément le Groupe Mutuel, la caisse Swica appelait en octobre dernier l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS) «à empêcher les subventionnements croisés à l'intérieur de groupements de caisses, afin de contrer efficacement une désolidarisation non souhaitable dans l'assurance sociale».

Une argumentation qui avait fait mouche auprès de Ruth Dreifuss. Convaincue que «les» conglomérats de caisse (entendez le Groupe Mutuel) étaient des bastions de sélection des risques, la conseillère fédérale avait fait le forcing pour mettre fin à la pratique des primes différenciées au sein d'un même groupe. Lors d'une de ses dernières interventions au parlement en décembre dernier, elle avait même réussi à convaincre une majorité du Conseil national de modifier la loi en ce sens.

La menace s'est évaporée depuis pour le conglomérat valaisan. Sous l'impulsion de Pascal Couchepin, la Chambre du peuple a fait marche arrière le mois dernier. Voulue par le législateur, «la concurrence entre caisses a des vertus supplémentaires et je veux la renforcer», avait dit le nouveau ministre de la Santé à l'appui de sa position non interventionniste.

Le succès du Groupe Mutuel ne réside en fait pas dans des coûts – et donc des primes – particulièrement bas. En moyenne, un assuré lui a coûté 2055 francs en 2001 en prestations à rembourser et en compensation des risques, alors que la moyenne de l'ensemble des caisses se situait à 1915 francs. Les frais administratifs par assuré (amortissements compris) étaient supérieurs à la moyenne de 13% et les primes encaissées de 12%. L'assuré, lui, ne voit pas ces moyennes. Il regarde les primes de chaque caisse individuelle. Or, dans chaque canton, le Groupe Mutuel parvient à présenter au moins une caisse à prime très compétitive. Caisse qui n'est pas nécessairement celle vers laquelle un assuré frappant à la porte du Groupe Mutuel sera spontanément dirigé.

Le Groupe Mutuel conforte cette stratégie par des acquisitions très ciblées. Les caisses qui l'intéressent sont fortement implantées sur un marché délimité. Panorama, par exemple, est très concentrée sur Zurich pour l'heure. En intégrant le Groupe Mutuel, elle se voit ouvrir les portes de nouveaux cantons. Comme les personnes qui changent de caisse sont tendanciellement plutôt des bons risques, Panorama y part sur de bonnes bases, ce qui devrait lui permettre d'offrir assez rapidement des primes inférieures à la moyenne.

Le seul autre cas à ce jour – et à une moindre échelle – de caisse qui ait mis délibérément en place un mécanisme comparable est Helsana. Les assurés jeunes tentés de quitter Helsana se voient offrir une alternative attrayante au sein même du groupe, auprès de la caisse Progrès, où la structure de risques est meilleure et les primes sont plus basses. Une stratégie qui semble porter certains fruits. Selon le site Internet Comparis, Helsana a perdu 70 000 assurés cette année, alors que Progrès en a gagné 50 000.

Sous la pression du Groupe Mutuel, Helsana est désormais en train d'élargir ce concept. Elle vient de créer coup sur coup deux nouvelles caisses visant une clientèle «spécifique» – avec des primes d'un niveau correspondant. La raison d'être de la première, Sansan, semble être de «débarrasser» Helsana de certains de ces mauvais risques, à savoir les femmes qui ont une consommation de soins supérieure à la moyenne. Sansan se veut en tout cas une caisse particulièrement «réceptive aux besoins des femmes». Baptisée Avanex, la seconde création d'Helsana cible elle une clientèle d'internautes. Son but est d'arracher à la concurrence de nouveaux assurés – jeunes en l'occurrence.

Swica, qui avait «gelé» en octobre dernier la création d'une nouvelle caisse en attendant de voir comment Berne réagirait contre «les» conglomérats, annonce que son projet baptisé Prima est à nouveau «une option stratégique». La caisse est en train de calculer ses primes 2004 et «envisage dans ce cadre d'envoyer aussi pour approbation à l'OFAS des primes pour Prima», précise la porte-parole de la caisse, Nicole Graf. On n'en saura pas plus pour le moment.