L'initiative prise par Micheline Calmy-Rey de n'aller au Forum de Davos que si elle peut y rencontrer le secrétaire d'Etat américain Colin Powell pour lui dire tout le mal qu'elle pense d'une intervention américaine en Irak a été plutôt fraîchement accueillie par ses collègues du Conseil fédéral comme par les partis bourgeois. On considère à Berne qu'il s'agit du premier faux pas de la nouvelle ministre des Affaires étrangères. Elle bénéficie toutefois encore d'une certaine compréhension et l'on veut bien lui accorder des circonstances atténuantes, qui tempèrent pour l'instant le ton des critiques. «Mme Calmy-Rey est dans ses tout premiers jours, elle a droit à un joker», commentait lundi sur les ondes de la Radio romande, avec une bienveillance qu'on ne lui connaissait pas, le radical neuchâtelois Claude Frey, ancien président de la Commission des affaires extérieures du Conseil national.

Ladite commission siégeait justement lundi et poursuit aujourd'hui ses travaux, au cours desquels elle ne peut manquer d'aborder le sujet. Il est également probable que le Conseil fédéral en parlera mercredi, au cours de sa première séance de l'année. Les partis bourgeois ont pour leur part commencé lundi soir à donner de la voix. Les radicaux font semblant de croire qu'il s'agit d'un problème de communication et que la cheffe du Département rétablira la situation. Les démocrates-chrétiens y voient un «mauvais signe» et l'UDC dénonce «une attitude irréfléchie et dilettante». A droite et au centre, le reproche fait à Micheline Calmy-Rey est unanime. Elle se prive bêtement, pour des raisons dogmatiques et sans autre résultat que de satisfaire symboliquement son parti, de la possibilité d'établir un très grand nombre de contacts. En plus, elle laisse en quelque sorte les Américains décider de la participation de la ministre suisse des Affaires étrangères à un forum international organisé en Suisse.

Si le ton de la critique reste encore modéré, c'est qu'on reconnaît à Micheline Calmy-Rey un certain nombre de circonstances atténuantes, tout en lui accordant une sorte de délai de grâce. Son manque d'expérience, sa méconnaissance de l'administration fédérale, sa solitude – elle n'est pas encore parvenue à former son équipe de proches conseillers – et l'absence de continuité à la tête des Affaires étrangères peuvent lui être comptés à décharge. Certains n'hésitent pas non plus à voir dans cette attitude le reflet d'une culture politique de l'antimondialisation typiquement genevoise, un écho de l'époque ou le Grand Conseil faisait la leçon à l'OMC à coups de placard publicitaire dans les grands quotidiens internationaux.

Dans des circonstances semblables, Ruth Metzler, avec la même inexpérience de la politique fédérale, avait hérité de son prédécesseur un secrétaire général, un chef de presse et une conseillère personnelle fort expérimentés. Or les proches collaborateurs de Joseph Deiss ont suivi leur patron à l'Economie et Micheline Calmy-Rey est arrivée dans le vide. Le fait de ne pas avoir encore constitué une équipe de conseillers lui est encore une excuse mais fournira très bientôt matière à reproche si elle ne résout pas rapidement la question.

La Commission des affaires extérieures n'a pas voulu, lundi faire le moindre commentaire sur les explications qu'elle doit avoir reçues de la ministre des affaires étrangères, qui peut encore prendre l'initiative de la communication.