Le Conseil fédéral a-t-il une stratégie? Manque d’anticipation, réactions au coup par coup, les critiques fusent du côté des partis. Qu’ils s’en félicitent ou le regrettent, pour beaucoup Hans-Rudolf Merz prépare dans la douleur la mort du secret bancaire.

Le gouvernement s’écrase devant l’Allemagne, accuse l’UDC. Il est complètement désemparé, selon le Parti socialiste. Réponse trop faible, pour le PDC. Il est sur la défensive, regrette le Parti libéral-radical qui veut une stratégie plus offensive.

«La position du gouvernement paraît raisonnable. Mais avait-il vraiment d’autre choix?» interroge le conseiller aux Etats tessinois Dick Marty (PLR), très critique sur l’absence de stratégie de Berne.

«Le monde a changé»

L’UDC, elle, lâche ses flèches. «C’est totalement insatisfaisant, estime le conseiller national Luzi Stamm (AG). Le Conseil fédéral aurait dû interrompre les négociations et refuser de reverser les sommes prélevées sur les comptes étrangers en Suisse en vertu de l’accord sur la fiscalité de l’épargne.»

«Une réaction faible du Conseil fédéral», juge le président du PDC Christophe Darbellay: «Le gouvernement ne s’est pas interrogé sur l’origine des CD-Rom ni sur la réalité de leur existence, il n’a pas demandé copie aux Allemands.»

Du côté socialiste, on constate que Hans-Rudolf Merz ne tire pas les conséquences jusqu’au bout, après avoir admis qu’il n’est pas dans l’intérêt de la Suisse d’attirer des fonds étrangers non déclarés. «Pour sortir du pétrin, il faut un coup d’éclat et un rejet définitif de la distinction fallacieuse entre évasion et fraude fiscales aussi en Suisse. La situation est intenable, le monde a changé», dit Christian Levrat.

Un exemple à suivre?

La Suisse, propose le PSS, doit adopter les mêmes dispositions que le Liechtenstein a négociées avec la Grande-Bretagne et qui interdisent aux banques de la Principauté d’accueillir des capitaux non déclarés au fisc. Sur le mode de la convention de diligence en matière de blanchiment d’argent.

Au PDC, Christophe Darbellay s’insurge contre le ministre des Finances, selon lequel «la fin de la différenciation entre fraude et évasion fiscales même en Suisse n’est pas exclue. On doit aussi réfléchir à l’échange automatique d’informations». Il a ainsi ouvert la boîte de Pandore et lâché le secret bancaire, accuse le patron du PDC.

Le Parti libéral-radical voit le salut dans un impôt libératoire, équivalent du projet Rubik des banques. Protégé par l’anonymat, le client étranger d’une banque suisse verrait ses fonds taxés selon le taux valable dans son pays d’origine, auquel l’impôt libératoire serait versé.

Trop tard et cela risque de ne pas suffire. Comme le relevait l’hebdomadaire Die Zeit «il ne s’agit pas seulement d’argent. Partout en Europe une exigence de transparence fiscale monte dans l’opinion».