Par son ampleur sans précédent ces dernières décennies, la deuxième grève des femmes a constitué un événement historique. Une semaine plus tard, le Conseil des Etats a mis sous toit une réforme pour promouvoir les femmes à la tête des entreprises cotées en bourse, puis un congé paternité de deux semaines. Cruel retour à la «realpolitik» suisse! Car ces deux décisions, si elles vont dans la bonne direction, n’ont rien d’historique.

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La Chambre haute a d’abord fixé des valeurs indicatives de représentation des femmes de 30% au sein des conseils d’administration et 20% dans les directions. Non seulement le projet ne prévoit ni contrainte ni sanction, mais encore il entérine des seuils qui sont loin d’une véritable parité dans les hautes sphères des entreprises.

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Le Conseil des Etats a ensuite approuvé un congé paternité de deux semaines en guise de contre-projet à une initiative populaire qui en exige quatre. Là encore, il se contente d’un projet minimaliste, qui ne va en tout cas pas permettre à la Suisse de se départir de son étiquette de «pays en voie de développement» sur le plan de la politique familiale.

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Dans le modèle retenu, seul le PDC tire son épingle du jeu, car il maintient l’image d’une famille traditionnelle. Le PLR a raison de dire que l’avenir appartient à un congé parental à se répartir entre les deux époux. Mais il ne doit pas se limiter à une variante à 16 semaines, dont les hommes ne solliciteront probablement qu’une portion congrue. L’an passé, la Commission fédérale pour les questions familiales (COFF) a proposé un congé parental de 38 semaines. Sans aller aussi loin, on peut affirmer que la Suisse aurait amplement les moyens d’offrir aux jeunes couples un tel congé de 20 à 24 semaines, avec une obligation faite au père d’en prendre au moins dix.

Ce n’est que dans un tel modèle que les deux parents pourront se répartir équitablement la charge mentale qu’implique l’arrivée d’un enfant dans le couple. Cet événement ne doit plus être considéré comme un coût, mais comme un investissement qui profitera à l’économie aussi, laquelle devra tout bientôt faire face à une pénurie de main-d’œuvre lorsque les babyboomers partiront à la retraite.