Pour une autre politicienne, cela aurait tourné au cauchemar. Que faire en effet si on décroche le premier prix de la tombola du bal de l’opéra et que l’on se retrouve avec une capeline de chinchilla sur les bras? La conseillère d’Etat zurichoise Rita Fuhrer, elle, l’a immédiatement enfilée. Et a constaté, rayonnante, qu’elle semblait avoir été coupée pour elle. On la voit dans la presse locale portant la fourrure avec un plaisir non dissimulé. Le public du bal de l’opéra à Zurich n’est certes pas du genre à s’offusquer face à un manteau de zibeline ou de vison. Le donateur, le fourreur Wyssbrod, s’est également empressé de préciser que les bestioles sacrifiées – quarante-quatre quand même – l’avaient été sans cruauté, dans les règles de l’art.

Mais le bal de l’opéra est un grand rendez-vous médiatique. Les photos d’une ministre gagnant bien sa vie emballée par des dépouilles de chinchilla, cela fait mal à l’image. Même pour une politicienne UDC. L’Association pour la protection des animaux a tout de suite protesté. Rita Fuhrer n’en a cure et fait preuve d’un courage certain. D’abord, elle se retire de la politique fin avril et n’a plus rien à craindre. Et n’a-t-elle pas montré tout au long de sa carrière politique qu’elle pouvait avoir la tête dure? Etoile montante de son parti quand elle est entrée en 1995, à 41 ans, au gouvernement zurichois, elle a d’abord mené la vie dure à la municipale (socialiste) de la Police de la Ville de Zurich, Esther Maurer. Un conflit sur la collaboration des polices qui s’est résolu en quelques semaines, lorsque Rita Fuhrer a changé de département. Elle s’est ensuite accrochée méchamment avec sa collègue radicale au Conseil d’Etat Dorothee Fierz sur des questions de compétences en matière de planification des routes, provoquant indirectement la démission de cette dernière.

Et maintenant, à quelques semaines de sa retraite, elle a encore saisi le Tribunal fédéral pour contester un blâme à l’égard de son département délivré par la Commission de gestion du Grand Conseil. Alors Rita Fuhrer ne va pas se priver d’une veste de chinchilla pour faire plaisir à quelques grincheux protecteurs des animaux. D’autant que ce cadeau a son prix. Comme tout gain en loterie, elle devra le déclarer aux impôts. Pour une valeur de 24 000 francs, cela fait, dans sa catégorie de salaire, environ 10 000 francs, a calculé le Tages-Anzeiger. Ne venez pas dire que l’on ne prête qu’aux riches.

L’histoire