Presse

La culture du gratuit conduit à une boulevardisation de l’information

Les sites gratuits d’information en ligne, par le manque de moyens en fonds et en personnel, la reprise de contenus «prêts à l’emploi» auprès d’agences de presse et leur dépendance de l’actualité immédiate, contribuent fortement au nivellement par le bas de la qualité journalistique en Suisse

C’est l’une des conclusions de la première publication des «Annales – Qualité des médias» publiées ce vendredi par la fondation Öffentlichkeit und Gesellschaft et réalisée par l’institut de recherche foeg de l’Université de Zurich.

La fondation, dans laquelle on retrouve l’ancien vice-chancelier Oswald Sigg, le journaliste Roger de Weck (jusqu’en juin) ou l’ancienne présidente du Conseil national, la radicale Christine Egerszegi-Obrist, est marquée par son réformisme libéral. Ses conclusions corroborent ce que chaque lecteur ou utilisateur des médias peut constater depuis plusieurs années, mais sans apporter de vraie réflexion sur les remèdes.

Selon cette étude qui a examiné l’évolution de la presse suisse, les médias se trouvent dans un processus de transformation fondamental, une crise profonde même selon le professeur Kurt Imhof qui a dirigé le travail, sous l’effet de la culture du «tout gratuit», de l’effondrement des ressources publicitaires des journaux par abonnement et de la crise économique. Les recettes publicitaires de la presse ont diminué de 34% entre 2001 et 2009, soit un milliard de francs en moins.

Du coup, alors que les grands éditeurs se livraient à un «auto-cannibalisme» en développant des journaux gratuits, l’espoir mis dans un financement complémentaire des entreprises de presse par les sites d’information en ligne ne s’est pas réalisé. Faute de moyens, la vision du monde est réduite à des nouvelles d’agences.

Les chercheurs zurichois constatent une progression des médias de faible qualité, une perte de compétence professionnelle des journalistes, une prépondérance à privilégier l’émotionnel et l’événementiel au détriment des informations complexes et essentielles de la vie politique ou économique. Moins de reportages à l’étranger, plus de sujets régionaux, une simplification des problèmes.

Ce changement a des conséquences sur le débat démocratique. Selon Kurt Imhof, la boulevardisation de l’information n’est pas étrangère à un renforcement du populisme politique, comme on l’a vu aux Pays-Bas ou en Autriche.

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