Agriculture

Les cultures OGM ne pousseront pas de sitôt en Suisse

Le parlement ne veut pas entendre parler de coexistence entre les cultures avec et sans OGM. Le moratoire est prolongé jusqu’en 2021

Les Suisses ne verront pas de sitôt des OGM pousser sur leur territoire. Sauf dans le cadre d’un projet de recherche. Après le Conseil national, le Conseil des Etats a refusé mercredi ne serait-ce que d’entrouvrir la porte aux organismes génétiquement modifiés dans l’agriculture. Il s’est contenté de prolonger le moratoire jusqu’en 2021.

Le débat au National: Le dilemme de la Suisse face aux OGM

Le Conseil fédéral peine à faire admettre au parlement que le moratoire, en vigueur depuis 2005, ne peut être prolongé indéfiniment sans bonnes raisons. Car la Suisse court le risque de faire l’objet d’une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour entrave au commerce.

Raison pour laquelle la Confédération cherche la parade depuis des années. Dans son projet, le Conseil fédéral proposait certes de prolonger une nouvelle fois le moratoire jusqu’en 2021, mais il voulait aussi utiliser cette période pour organiser la coexistence entre les cultures. Histoire de pouvoir prouver que la Suisse, patrie de grandes entreprises actives dans les biotechnologies, n’était pas hostile au génie génétique, et d’écarter tous risque de se mettre certains pays à dos, notamment les Etats-Unis.

Des cantons «sans OGM»

Le projet de coexistence entre les cultures, tel que présenté par le Conseil fédéral, se voulait très prudent et restrictif. Il comportait l’implantation de zones «avec OGM» clairement délimitées par rapport aux cultures traditionnelles, des filières de production complètement étanches, une procédure d’autorisation, l’inscription dans un registre ouvert au public et l’application du principe du pollueur-payeur.

Les sénateurs ne se sont pas laissés convaincre. Il faut dire que plusieurs cantons et régions se sont déjà déclarés «sans OGM», et qu’autant les consommateurs que les producteurs sont très réticents. Un dirigeant agricole avouait récemment qu’il ne voyait pas quel paysan serait assez fou pour tenter l’expérience.

Une cause perdue d’avance

A droite, certains déplorent cette frilosité, comme Ruedi Noser (PLR/ZH) qui s’est fait le porte-parole, mercredi, des milieux scientifiques et économiques, lesquels craignent que la Suisse ne regarde passer le train du progrès. Le Conseiller aux Etats a aussi évoqué la situation dans le monde, la nécessité de produire davantage de nourriture pour répondre à la demande, la raréfaction des terres agricoles et les divers fléaux qui peuvent ravager des récoltes pour justifier une approche plus positive de la Suisse vis-à-vis des OGM.

La cause était perdue d’avance. Surtout qu’au Conseil national, la réponse a été cinglante en décembre dernier. L’idée d’un moratoire indéterminé a même été refusée de justesse. Au Conseil des Etats, Didier Berberat (PS/NE) a plaidé pour une prolongation du moratoire non pas de quatre mais de huit ans, afin d’éviter d’avoir à refaire le même débat. Mais une majorité n’a pas voulu aller jusque-là.

Une chronique de Fathi Derder: Pour en finir avec les OGM et les choux de Bruxelles

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