Valais

Les curieux licenciements qui affaiblissent une conseillère nationale sur ses terres

Présidente de Grimisuat et candidate à un troisième mandat, Géraldine Marchand-Balet affronte des dissidents de son propre parti. Plusieurs licenciements contestés pourraient lui coûter des suffrages

Discours officiels, bénédiction et raclette: ce samedi, Grimisuat fêtait sous le soleil la fin du gros oeuvre de l’extension du centre scolaire, pourtant inachevé. Dans les jours qui ont précédé, une lettre anonyme distribuée aux médias s’interrogeait sur le coût de cette manifestation qui semble servir la campagne électorale de la présidente Géraldine Marchand-Balet, candidate à un troisième mandat, et conseillère nationale démocrate chrétienne.

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Selon elle, avant les élections, «le climat est bon». Pourtant, dans le blog l’1Dex, l’avocat Stéphane Riand a consacré près d’une soixantaine d’articles à sa gestion «opaque» de la commune. Ils affirment, entre autres, que son salaire a été augmenté avec un effet rétroactif, ou que le contrat de l’ancien secrétaire communal a fait l’objet d’une résiliation conventionnelle moyennant le versement discret d’une indemnité de 200’000 francs. Contactée, Géraldine Marchand-Balet «ne commente pas ce qui se dit sur les blogs».

Dissidence dans son propre parti

Quelques minutes avant le dernier délai pour le dépôt des listes électorales, la présidente s’est découvert de nouveaux adversaires. Dans la petite commune qui surplombe Sion, où le PDC est largement majoritaire, deux démocrates chrétiens dissidents ont créé un mouvement citoyen, «Grimisuat autrement». Entrepreneur, Raphaël Vuignier souhaite «permettre aux citoyens d’exprimer ce qu’ils pensent de la politique menée dans la commune», et «ramener le calme dans le home».

Depuis plusieurs mois, les admissions sont gelées au home «Les Crêtes», destiné à prendre en charge les personnes âgées de trois communes, et dont le Conseil de fondation est présidé par Géraldine Marchand-Balet. Engagées une année auparavant, l’infirmière-cheffe et deux employées ont été licenciées en juin dernier. Sous certificat médical, le directeur sera remercié sitôt la fin de son incapacité de travail. Dans les deux mois qui ont suivi, 13 collaborateurs ont démissionné. Le médecin répondant a lui aussi choisi de mettre un terme à son mandat.

On se permet de juger le résident, de le punir, de le maltraiter

Deux audits avaient déjà décrit les troubles qui gangrènent l’établissement. Tous deux évoquent des clans qui contrebalancent l’autorité de la direction. Aide-soignante, l’une des employées licenciée avait dénoncé un climat délétère à sa hiérarchie: «On se permet de juger le résident, de le punir, de le maltraiter.» L’infirmière-cheffe semble avoir travaillé à corriger ces dysfonctionnements. Ses mesures ont suscité les plaintes anonymes de quelques collaborateurs et une pétition a circulé parmi le personnel.

Un auditeur controversé

Les licenciements qui ont décapité l’EMS ont été justifiés par un nouvel audit confié à Accord consulting. Un bilan intermédiaire semblait favorable aux employés remerciés. Deux semaines plus tard, ces derniers apprenaient la résiliation de leur contrat de travail. Aujourd’hui, ils contestent à la fois les conclusions de l’audit et leur licenciement, signifié par les trois présidents de commune, alors que seuls le directeur du home et le président du comité de direction bénéficient du droit de signature. Président d’Ayent, Marco Aymon reste solidaire: «Toutes ces décisions ont été prises par la majorité du Conseil de fondation.»

Cet audit a été confié à une personne qui n’a pas la formation nécessaire

En juin 2013, un rapport du même auditeur avait déjà servi à motiver le licenciement de la responsable éducative de l’unité d’accueil de la petite enfance de Grimisuat. Elle a introduit une action civile contre la commune. Déboutée par le Tribunal de district, elle vient de faire appel au Tribunal cantonal. Une expertise de l’audit réalisée par la société spécialisée PwC montre que le mandat n’a jamais été défini et que toute la documentation a été détruite: «Cet audit a été confié à une personne qui n’a pas la formation nécessaire, qui ne figure pas sur la liste des auditeurs agréés, qui ne respecte pas les exigences de la profession, et qui pratique des méthodes controversées comme le mentalisme». L’auditeur n’a pas répondu aux appels du Temps.

L’audit semble avoir été commandé et exécuté dans l’unique but de justifier le licenciement

Il y a des similitudes troublantes entre les licenciements des employés du home et celui de la responsable de la crèche, qui semblent tous s’être opposés à la présidente de Grimisuat. En 2013, l’auditeur avait aussi rendu un premier rapport favorable à la responsable éducative. Selon son avocat, de nouvelles auditions avaient été discrètement organisées, parce que «le premier rapport n’était pas utile pour Mme Marchand-Balet». Pour lui, «l’audit semble avoir été commandé et exécuté dans l’unique but de justifier le licenciement». L’avocat de la commune réfute toutes les accusations en bloc. Géraldine Marchand-Balet, elle, ne commente pas les procédures en cours.

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