Tapis persan du shah d'Iran et horloge berlinoise en porcelaine: voilà ce qui saute aux yeux en entrant dans le salon du Conseil fédéral, dans l'angle sud-ouest du parlement. La pièce est ornée de tapisseries aux motifs richement colorés; au plafond, quatre peintures sur toile représentent le lac Léman avec le château de Chillon, la ville de Lindau, le lac de Constance et les rives du Rhin, et, enfin, le massif de la Bernina, histoire de montrer aux membres du gouvernement les limites géographiques de leur autorité. Mais c'est bien sur le flamboyant tapis et, surtout, sur l'horloge que le regard se fige. L'horloge n'a pas été offerte par n'importe qui: c'est l'empereur allemand Guillaume II qui en fit cadeau au Conseil fédéral lors d'une visite d'Etat en Suisse en septembre 1912. Sur son socle est représenté un pavillon situé dans le parc du château de Potsdam, près de Berlin. Un ange à l'élégante posture souffle de toutes ses forces dans un long et fin trombone. La politique impérialiste de Guillaume II suscita à l'époque l'admiration des Alémaniques, mais sa venue en Suisse, pour assister à des manœuvres militaires, irrita davantage les Romands et les Tessinois, attestent des documents d'époque. Néanmoins, les autorités observèrent attentivement ce chef d'Etat «dont le comportement laissait présager des bouleversements profonds», souligne Urs Staub dans un ouvrage consacré aux 150 ans du parlement. Ce cadeau fut donc accepté avec une certaine fierté. Aujourd'hui, le Conseil fédéral reçoit notamment le corps diplomatique et les autorités de la Ville de Berne pour les vœux de Nouvel An, dans ce salon richement orné. Les rares quidams qui y ont accès peuvent constater que l'horloge s'est arrêtée à 3 h 20: personne ne s'aventure à remonter le fragile et précieux objet. Il n'a d'ailleurs pas toujours eu droit à une place privilégiée. Dès sa réception, l'horloge aurait accompagné pendant un an de son tic-tac les délibérations des ministres, avant d'être reléguée à la cave. Puis elle refit surface, presque aussi rapidement qu'elle avait disparu.