Beaucoup en rougissent de plaisir: durant leurs débats, les conseillers nationaux sont en permanence observés par une femme nue. La coquine ailée – certains préfèrent dire qu'il s'agit d'un ange, mais depuis quand les anges ont-ils un sexe et de surcroît des formes bien rondes? – est délicatement appuyée contre un nuage du grand panorama de cinq mètres sur douze Le Berceau de la Confédération, qui orne la Chambre du peuple. La fresque est l'œuvre du Genevois Charles Giron (1850-1914). Peinte en 1901, elle représente le lac des Quatre-Cantons, le plateau rocheux de Seelisberg, une prairie schwytzoise ensoleillée et, au premier plan, celle du Rütli. Allégorie de la paix, la femme dévêtue tient de la main gauche une branche d'olivier dorée et désigne de la droite la fameuse prairie, histoire de rappeler aux députés le mythe fondateur de la Suisse. Du haut de sa formation nuageuse, elle en a vu des vertes et des pas mûres. Les débats qui s'enflamment, les conseillers fédéraux qui peinent à défendre leurs projets ou encore les députés qui prennent la parole juste pour montrer qu'ils existent: rien n'a de secret pour elle. La claque donnée le 25 juin 1939 par le conservateur Dolfuss au communiste Bringolf qui l'avait traité de menteur, lors d'une vive discussion sur la contrebande de l'opium, ne lui a bien sûr pas échappé. Farceur, Charles Giron ne s'est pas contenté de glisser la femme nue dans son immense fresque. Sachant que le Palais fédéral allait être inauguré le 1er avril 1902, le peintre s'est senti d'humeur badine: il a caché un poisson dans son œuvre. Un petit indice? Il ne se trouve pas dans l'eau…

Pour visiter le palais: http://www.parlement.ch ou 031/322 85 22.