C'est un classique, et chaque touriste y a droit à peine le portique de sécurité du Palais fédéral franchi. L'intérieur de la coupole du bâtiment représente la croix suisse ceinte d'une couronne de chêne et portée par deux génies ailés symbolisant la liberté, mosaïque de l'atelier de Clement Heaton (1861-1940). Elle est entourée des armoiries de 22 cantons (les demi-cantons se partagent un écusson à deux) d'après les esquisses d'Albert Lüthi (1858-1903), un chiffre qui ne sonne aujourd'hui pas vraiment juste. C'est que celui du Jura se trouve dans une place isolée. Créé en 1979 (le Palais fédéral, œuvre de l'architecte saint-gallois Hans Wilhelm Auer, a été inauguré le 1er avril 1902…), il a été rajouté en 1981, après trois ans d'errances, dans la partie sud de l'intrados de la voûte. Et connaît de ce fait une place moins privilégiée que les autres, qui sont plus proches de l'inscription «Unus pro omnibus/omnibus pro uno» (Un pour tous/Tous pour un), autour de la croix. Retardataire, le canton du Jura a également deux fauteuils pour conseillers aux Etats «qui font tache» dans la salle du Conseil national, juste en dessous de la loge réservée aux diplomates.

La salle est aussi utilisée pour les Chambres réunies, lors de l'élection de nouveaux conseillers fédéraux notamment, et donc, au fond de la salle, contre celle des pas perdus, 44 sièges couverts de vieux cuir sont destinés aux conseillers aux Etats non Jurassiens. Des sièges au-dessus desquels trônent de magnifiques boiseries typiques de l'Art nouveau. Ceux des députés du canton dissident sont moins gâtés par la nature. Au lieu de végétaux et animaux sculptés avec une grande dextérité dans des panneaux en bois, ils n'ont droit, comme marque de reconnaissance, qu'à leur écusson incrusté dans le cuir du dossier. Un peu comme les vaches marquées au fer rouge.