Route

Cycliste criminel? Une vidéo de prévention fâche

La nouvelle campagne de prévention de la Suva irrite les cyclistes. Mais la controverse est voulue, disent les producteurs

La route comme champ de bataille. Un terrain propice à l’ego et à l’indélicatesse. Il faut presque être survivaliste si on veut s’en sortir sain et sauf. Le nouveau clip de prévention de la SUVA échauffe les esprits: un cycliste en ville de Lausanne joue à la hussarde avec les nerfs des automobilistes, avant de se faire écraser par une voiture sur le Pont Chauderon. Tel est le script de la vidéo intitulée «le cycliste», réalisée par Jérôme Piguet et Raphaël Sibilla.

Après le succès du spot «Anastase», produit pour la police lausannoise, pointant du doigt l’inattention des piétons, les deux producteurs parviennent une deuxième fois à lancer une controverse.

Pourtant, les images de choc et l’humour noir ne trouvent pas que des adeptes. Pro Velo, lobby des cyclistes, réagit avec un communiqué de presse, fustigeant le spot qui répandrait l’alarmisme et se baserait sur l’émotionnel plutôt que sur des faits. «On savait qu’en touchant aux cyclistes ou aux automobilistes, ça deviendrait chaud», réagit Jérôme Piguet, le metteur en scène du clip, interrogé par Le Temps. Car la polarisation est très forte entre les deux groupes d’usagers. «Mais jusqu’à présent, peu, voire aucun clip de prévention, n’a encore eu pour but de responsabiliser les cyclistes.» Selon lui, d’autres spots mettent plutôt l’accent sur la protection des cyclistes – par exemple mettre une veste fluorescente, des casques ou allumer ses phares.

Printemps gâché pour les cyclistes

Le cycliste aurait-il perdu son image d’usager de la route faible et gentil? Auprès de la Suva, on s’explique: «Ce n’est en aucun cas une prise de position contre les cyclistes», déclare son porte-parole Jean-Luc Alt. «C’est une minorité qui se comporte d’une manière irresponsable et nous voulons les sensibiliser aux dangers.» Mais sur la page Facebook de la SUVA, les amoureux du vélo craignent pour leur image: «Nouvelle stigmatisation des cyclistes et de gros clichés en prime», écrit John Formol.

Lire aussi: Non, les cyclistes ne sont pas des criminels!

Auprès de la police cantonale vaudoise, partenaire de la campagne Suva, on est conscient que la vidéo peut susciter des réactions: «Il faut toucher à l’émotion pour marquer les esprits. Chacun a son avis sur la campagne, et c’est toujours très subjectif. Mais elle va de pair avec autres mesures pour sensibiliser tous les usagers de la route en cette période printanière», conclut sa porte-parole Olivia Cutruzzola.

De telles campagnes accompagnent l’arrivée des beaux jours, quand les gens sortent vélo, moto ou décapotable. Mais le conseiller municipal genevois Sylvain Thévoz (PS) se fâche sur son blog: «C’est le printemps, la Suva a sorti un bon vieil épouvantail pour terroriser les cyclistes. Ce n’est pas de prévention que les cyclistes ont besoin mais de protection

Take it easy

D’autres acteurs ont pourtant montré qu’on peut faire de la prévention sans effrayer les usagers. Le bureau de la prévention d’accidents avec sa campagne «Slow Down, Take it Easy» a prouvé qu’un message positif peut également se révéler efficace.

Pourquoi alors ne pas opter pour un message de réconciliation à tous les usagers de la route? Le metteur en scène Jérôme Piguet s’explique: «C’est un choix stratégique. Avec un angle plus piquant nous pensons atteindre une viralité plus forte.» L’exercice semble plutôt réussi: «C’est très bien que les gens en parlent», s’en réjouit Jean-Luc Alt de la Suva.

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