La scène, mardi après-midi, avait quelque chose de cocasse: une brochette de parlementaires de tous bords (six conseillers nationaux et le sénateur genevois Robert Cramer) assis, serrés comme des sardines, autour d’un dalaï-lama rieur comme à son habitude. Le leader spirituel des Tibétains avait répondu à l’invitation de la présidente du Conseil national, Maya Graf (Verts/BL). Après avoir rencontré la première citoyenne du pays, des membres de l’intergroupe parlementaire Tibet et des commissions de politique extérieure du National et du Conseil des Etats, le dalaï-lama s’est présenté devant les médias avec un entourage conséquent. À ses côtés, le moine bouddhiste français Matthieu Ricard, un proche depuis des années.

Emmenés par la conseillère nationale Tiana Angelina Moser (Vert’ lib/ZH), les parlementaires présents ont appelé la Chine à mieux respecter les droits de l’homme au Tibet. Oskar Freysinger (UDC/VS) a évoqué un peuple «proche des cimes, comme les Suisses» et plaidé pour la préservation et la protection de la culture tibétaine, ce que le dalaï-lama, Tenzin Gyatso, a particulièrement apprécié. Doris Fiala (PLR/ZH) a regretté qu’en automne 2012, le Conseil fédéral n’ait pas explicitement mentionné le Tibet à la conférence de l’ONU du Conseil des droits de l’homme. «Nous continuons à inviter le Conseil fédéral à s’exprimer encore plus clairement pour le peuple tibétain et de se porter ainsi garant de nos valeurs», a déclaré la conseillère nationale. Martin Landolt (PDB/GL) a rappelé l’importance de la communauté tibétaine en Suisse, forte de 5000 personnes.

Et Sa Sainteté le 14ème dalaï-lama? Tenzin Gyatso s’est lancé dans un anglais haché après avoir proposé un interprétariat refusé par la salle qui a dû s’en mordre les doigts, à en croire les haussements de sourcils perplexes de ses voisins, pour saluer un pays où ses compatriotes sont «very happy» et bénéficient d’une «good education». Et le voilà lancé pendant un bon quart d’heure dans une diatribe ensoleillée contre le règne de l’argent et du pouvoir. «Une vie est réussie lorsque le bonheur vient de l’intérieur de soi», dit-il tandis que les flashs crépitent. Il mime un mort qui lève les yeux vers le ciel, caresse un chat imaginaire pour rappeler l’affection dont les hommes ont besoin. Interpellé sur les immolations de Tibétains, qu’il a plusieurs fois dénoncées, il évoque George W. Bush, «un homme que j’aime beaucoup, mais qui mené une mauvaise politique en Irak», pour dire que la violence ne résout rien. «La culture tibétaine est fait de respect et de non-violence», a-t-il rappelé, avant d’aborder le réchauffement climatique du haut plateau tibétain. «Je n’ai rien compris», chuchote une collègue à la fin de la conférence de presse.

Ce mercredi, le dalaï-lama doit se rendre à l’institut tibétain de Rikon (ZH). Il aura passé une grande partie de son séjour en Suisse romande: le week-end dernier, 16 000 personnes se sont pressées à Fribourg pour l’écouter lors de deux conférences, avant de rallier Lausanne lundi et l’Université de Berne dans la matinée de mardi. Le Conseil fédéral avait indiqué en février ne pas avoir l’intention de rencontrer le chef religieux lors de cette visite. Suite à cela, l’Association amitié Suisse-Tibet (AAST) a lancé une campagne d’envoi de cartes postales pour appeler le Conseil fédéral à rencontrer le dalaï-lama. Le DFAE avait préféré indiquer «ne pas avoir reçu de demande en ce sens».