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Damiano Lepori, à Fribourg: «Quand j’arriverai à la retraite, on parlera de 67 ans, voire 70 ans»

A 27 ans, Damiano Lepori préside les Jeunes démocrates-chrétiens fribourgeois. Il ne se fait pourtant guère d’illusions sur l’avenir des retraites. Premier de notre série de quatre portraits autour de la réforme de la prévoyance

En votation le 24 septembre, la réforme des retraites provoque de vifs débats entre les générations. Avec quatre portraits, durant deux jours, Le Temps évoque ce projet au travers de parcours individuels.

Agé de 27 ans, Damiano Lepori s’intéresse de près à la politique. Il porte même les couleurs du PDC. Ou plus précisément des Jeunes démocrates-chrétiens, dont il est vice-président. Assistant de recherche à l’Université de Fribourg, il y prépare sa thèse de doctorat en économie politique. «J’espère avoir terminé dans deux ans. Pour la suite, plusieurs domaines m’intéressent: le milieu bancaire, les assurances, la Confédération ou encore la Banque nationale suisse.»

II le sait: il devra être flexible professionnellement. Et il a une autre certitude: quand il y arrivera, on ne parlera déjà plus de retraite à 65 ans, mais à 67 ans, si ce n’est 70 ans. «En principe, les jeunes s’intéressent peu à la politique. Et la retraite, c’est encore loin. Par contre, ils ont intégré le fait qu’ils devront travailler plus tard.»

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Et si c'est non?

«Au départ, cette réforme ne me plaisait guère. Mais je m’y suis intéressé de plus près. Et je me suis surtout posé cette question: si les Suisses s’y opposent le 24 septembre 2017, que se passera-t-il?» Après avoir fait cette analyse, Damiano Lepori s’est rendu compte qu’il s’agissait de la moins mauvaise solution. «Les mesures préconisées sont supportables. Plus vite on les introduit, moins ce sera douloureux ensuite, lorsqu’il faudra remettre l’ouvrage sur le métier.»

Le doctorant ne pense pas que les jeunes soient les grands perdants de ce projet. Pas plus qu’il ne croit à un soi-disant conflit de génération. «Cela fait vingt ans que toutes les réformes de notre système des retraites ont échoué. Nous vivons au-dessus de nos moyens depuis longtemps», estime-t-il.

Il est critique envers sa génération

Libéral affirmé en matière économique, il est même plutôt critique envers sa propre génération: «On nous a peu appris à bien travailler. L’endurance n’est plus la même. Par contre, autour de moi, j’entends beaucoup parler de voyages, de loisirs, de bien-être personnel. Ce n’est pas un cliché: nous sommes gâtés, notre génération est aussi celle de la déresponsabilisation. Il est facile de se plaindre de la difficulté d’accéder au marché du travail à la fin des études. Mais dans les faits, le taux de chômage pour notre catégorie reste bas. Il n’y a jamais eu autant d’opportunités de formation pour tous les niveaux!»

Reste, selon lui, à bien choisir sa voie… et à être prêt à en changer. «Les apprentis sont très vite confrontés aux difficultés du monde du travail. J’ai l’impression qu’ils s’y adaptent mieux, tandis que les universitaires attendent davantage de l’Etat: ils étudient ce qu’ils veulent aussi longtemps qu’ils le veulent sans tenir compte des débouchés, puis, diplômes en poche, ils ne comprennent pas lorsqu’ils ne trouvent pas immédiatement un travail et la rémunération qui va avec. Cette évolution me fait très peur. Bien plus que la robotisation.»


Ce que la réforme change pour les jeunes

■ Les inconvénients

Les jeunes cotiseront davantage. Ils subiront la hausse de la TVA (0,3 point de pourcentage dès 2021), des cotisations à l’AVS (0,15 point de pourcentage, part employé) et devront gonfler leur épargne au deuxième pilier. Prenons le cas d’une personne âgée de 29 ans au 31 décembre 2018. Elle gagne 84 600 francs brut par an. Selon les calculs de l’administration, jusqu’à 65 ans et si elle maintient ce niveau de salaire, elle et son employeur auront cotisé 37 457 francs de plus que selon le droit en vigueur, soit environ 42 francs par mois. Ce calcul est à prendre avec des pincettes: d’autres réformes seront lancées d’ici à ce que les jeunes parviennent à l’âge de la retraite.

■ Les avantages

Si rien n’est entrepris, les caisses de l’AVS vont se vider progressivement. Et plus dur sera l’effort à consentir. La réforme assure le financement de la prévoyance vieillesse jusqu’en 2030 environ. L’augmentation d’une année de l’âge de la retraite des femmes, la hausse de la TVA et des cotisations salariales, la baisse du taux de conversion du deuxième pilier offrent un certain répit.

Prévoyance vieillesse 2020 innove aussi dans le sens où le projet tient compte de la flexibilisation dans le monde du travail. L’âge de la retraite devient un âge de référence, fixé à 65 ans. D’ici à ce que la jeune génération y parvienne, le curseur aura peut-être bougé. Mais la flexibilité demeurera probablement la règle car elle correspond à l’évolution de la société. Elle permet de diminuer progressivement l’activité professionnelle, ou au contraire de travailler plus longtemps, à un taux d’activité moindre. (M. Go.)

Le débat sur les retraites en quatre histoires de vie

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