souverainisme

Danemark, Espagne, Suisse: la gauche eurosceptique gagne du terrain

La crise entre la Grèce et la zone euro ravive un discours longtemps ostracisé. Celui d’une gauche anti-européenne, qui veut réhabiliter la nation comme gardienne des acquis sociaux

Gauche eurosceptique, tribu en expansion

Le bras de fer entre la Grèce et l’Union européenne a révélé l’émergence d’un nouveau discours à gauche, qui ne craint plus de se revendiquer comme eurosceptique.

C’est le cas notamment en Espagne, où le parti anti-austérité Podemos est devenu ce printemps la troisième force politique du pays. Ce parti fondé en janvier 2014 est aujourd’hui crédité de 21,5% des intentions de vote aux élections générales de l’automne. Il veut que la gauche se réapproprie l’idée de nation, comme gardienne des droits sociaux et des services publics. Il est très critique envers l’Union européenne et l’euro, sans aller jusqu’à demander le retrait de l’Espagne de la monnaie unique. Dans un communiqué diffusé cette semaine en soutien à la Grèce, Podemos estime qu’en Europe, «il y a deux camps qui s’affrontent: l’austérité et la démocratie, le gouvernement du peuple et le gouvernement des marchés et ses pouvoirs non élus».

Le discours anti-européen est nettement plus virulent dans les petits partis de gauche du nord de l’Europe. Ce sont eux qui ont inventé le discours de gauche eurosceptique et l’ont rendu populaire, au début des années 2000 déjà. Ainsi aux Pays-Bas, le Parti socialiste occupe 10% des sièges au parlement. Cet ancien groupuscule maoïste a émergé en 1994 en refusant la «dévaluation de notre pays, vers une province dépourvue de pouvoir dans un super-Etat européen non démocratique». Il a activement contribué au refus par les Néerlandais du projet de Constitution européenne, en 2005.

Au Danemark, c’est la gauche radicale qui a inventé et longtemps tenu seule le discours eurosceptique. L’Alliance rouge-verte a obtenu 7,8% des voix aux élections générales de ce printemps et gagné deux sièges au parlement. Elle s’oppose à la construction européenne et soutient le «Mouvement populaire contre l’Union européenne» lors des élections au Parlement de l’UE à Strasbourg.

En Suisse, à l’inverse, les Verts et le Parti socialiste sont les formations les plus favorables à l’adhésion du pays à l’UE. Les eurosceptiques s’y expriment rarement de façon ouverte, à l’exception de la section tessinoise des Verts. Son initiative introduisant un salaire minimum au Tessin, pour limiter l’arrivée de frontaliers, vient d’être acceptée par 54% des électeurs. Le parti est officiellement opposé à la libre circulation et à l’Union européenne dans sa forme actuelle. Il représente 6,2% de l’électorat.

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