Militant antinucléaire de la première heure, l’ancien syndic de Lausanne livre son analyse. Pour lui, un tiers seulement des Suisses veulent maintenir l’atome.

Le Temps: L’initiative pour la sortie du nucléaire a été rejetée. Est-ce à dire que les Suisses ne veulent pas sortir du nucléaire?

Daniel Brélaz: Non. Je constate qu’il y a trois segments au sein de la population. Le premier ne veut effectivement pas sortir du nucléaire, je l’estime à environ 30%. Le deuxième veut s’affranchir de l’atome comme le voulait notre initiative; il représente un peu plus de 45% de la population. Quant au troisième segment, il fait confiance au Conseil fédéral: il veut certes sortir du nucléaire, mais selon la Stratégie énergétique 2050 défendue par la conseillère fédérale Doris Leuthard, soit en laissant les centrales actuelles aller jusqu’au bout de leur vie sans les remplacer ensuite.

– La stratégie énergétique est-elle menacée?

– Non, je ne le pense pas, mais il faudra tout de même se mobiliser pour la faire approuver par le peuple. Lors du lancement du référendum par l’UDC notamment, nous avons entendu tout et n’importe quoi, en particulier sur ses coûts, estimés à 3000 francs par ménage et par année. Cette affirmation est un mensonge flagrant. Un tel calcul inclut la fiscalité écologique, un projet qui n’a aucune chance politiquement en ce moment. En réalité, la Stratégie énergétique 2050 ne coûte que 0,8 centime supplémentaire par kW/h.

– Le comité du non à l’initiative a beaucoup argumenté sur la politique climatique. Qu’attendez-vous de lui?

– J’attends de lui qu’il accepte la taxation des énergies sales qu’il a fortement dénoncées durant la campagne et qu’il soutienne une politique climatique ambitieuse à l’occasion du débat sur la loi sur le CO2 en 2017. Il faut diminuer les émissions de CO2 de la Suisse de 60% d’ici à 2030, et non seulement de 50% ou moins, comme le Conseil fédéral le proposait durant la consultation.


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